Visite d’une délégation de l’AP-OTAN à l’Union africaine : l’instabilité dans la région MOAN serait liée à l’insécurité sur le continent africain

01 octobre 2019

Addis-Abeba / Bruxelles, le 1er octobre 2019 – Comme souligné par l’un des interlocuteurs de la délégation de l’AP-OTAN en visite à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 23 au 25 septembre, « ce qui se passe en Afrique ne reste pas circonscrit à l’Afrique ». L’OTAN se doit donc de surveiller l’évolution de la situation sécuritaire en Afrique, la stabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord étant étroitement liée à celle de la zone euro-atlantique. Tel a été le message principal retenu lors de cette visite.

Ce qui se passe en Afrique ne reste pas circonscrit à l’AfriqueLa conjoncture économique, sociale et environnementale, une gouvernance médiocre et des pouvoirs publics aux ressources limitées empêchent l’Union Africaine (UA) d’avancer plus rapidement vers l’avènement d’une stabilité accrue sur le continent, a-t-il été indiqué à la délégation au cours de trois jours de débats. Cependant, considérant sa jeune existence, l’UA a accompli des progrès appréciables sur la voie de l’instauration de la paix et de la stabilité en Afrique, ont fait remarquer des représentants de la communauté diplomatique internationale. Dans le secteur de la sécurité, elle assume une part de plus en plus grande des responsabilités liées au maintien et à l’imposition de la paix, même si elle se concentre principalement sur la médiation et la prévention des conflits. Les avancées obtenues en Somalie ces 20 dernières années, ou encore au Soudan, principalement sous sa médiation, sont des exemples tangibles de cette tendance. Mais, parallèlement, son efficacité est restreinte par le fait qu’elle n’est pas une entité supranationale, à la différence de l’Union européenne. Par comparaison avec celle-ci, l’UA, qui rassemble 55 pays, est loin derrière sur le plan de l’intégration politique de ses membres, de sorte que les instruments conçus pour défendre les droits humains et la démocratie restent fragiles. De surcroît, le manque d’intégration politique et la minceur des ressources disponibles expliquent en partie les retards observés dans la mise en pratique des décisions de l’UA, selon certains interlocuteurs de la délégation à Addis-Abeba. Le financement pose également un problème : 40 % du budget de l’UA sont financés par des donateurs extérieurs, dont l’UE. 

Il est évident que les Alliés et les États membres de l’UE d’un côté et l’UA de l’autre doivent coopérer davantage. Si l’Afrique est un continent potentiellement riche et doté de ressources abondantes, elle compte aussi de vastes zones sous-développées. À Addis Abeba, la délégation a entendu que ce sous-développement est à l’origine de l’insécurité et de l’instabilité et que le changement climatique aggravera les tensions entre les populations et l’environnement, comme cela se voit déjà dans la région du lac Tchad. L’Afrique est aussi le continent où l’expansion démographique est la plus rapide et, avec une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 4 à 5 %, elle arrive en deuxième position au classement mondial des économies les plus dynamiques ; la décision de l’UA de créer un marché commun – la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) – pourrait considérablement stimuler le développement économique.

Cisse Mariama Mohamed, directrice du département des affaires sociales de l’UA, a déclaré que « l’Afrique [était] une terre d’espoir et d’investissement », tout en rappelant que la question migratoire était en train de modifier le jugement et le regard des pays de l’UE et de l’OTAN. Pourtant, la migration intra-africaine représente 80 % des flux migratoires sur le continent, a-t-elle ajouté, faisant valoir que, de part et d’autre, il convenait d’harmoniser les points de vue et les philosophies sous-tendant la migration légale. Aux yeux des Africains, quand les pays européens et industrialisés réfléchissent à la question de la migration de leur continent vers l’Europe, c’est essentiellement dans le but d’y trouver une parade. Mme  Mariama Mohamed a imputé cette attitude à la montée en puissance des partis d’extrême droite en Europe, expliquant que les pays africains devaient garder chez eux leurs jeunes talents au profit de leur propre développement. 

Le directeur du département des affaires politiques de l’UA, Khabele Matlosa, a souligné la nécessité d’institutionnaliser une gouvernance démocratique et participative. Les progrès effectués dans les domaines de la sécurité et de la paix conduiront à l’émergence d’un climat propice au développement ; l’UA a pour objectif de faire de l’Afrique un continent uni, prospère et pacifique et un élément dynamique de la communauté internationale. M. Matlosa a fait observer que les coups d’État militaires ne posaient plus de véritable problème en Afrique, ce qui se doit pour une part à la doctrine de « tolérance zéro » appliquée par l’UA en la matière. Mais d’autres problèmes politiques et économiques ayant des répercussions sur la sécurité subsistent sur le continent : l’un d’eux est la tendance de certains dirigeants politiques à se cramponner au pouvoir en « prolongeant leur mandat » à l’expiration de ce dernier. La corruption pose, elle aussi, un grave problème : selon Transparency International, six des dix pays les plus touchés par la corruption dans le monde se trouvent en Afrique.

Tous les participants se sont félicités de la coopération entre l’OTAN et l’UA. Il s’est dégagé des échanges un consensus selon lequel l’OTAN et l’Afrique partagent un certain nombre de préoccupations sur le plan de la sécurité, tels que le terrorisme, la radicalisation, l’immigration clandestine et la détérioration de l’environnement. Le principal secteur du partenariat entre l’OTAN et l’UA est l’échange d’informations et de données du renseignement, encore que l’Organisation joue un rôle important dans le développement des instruments de défense et de sécurité de l’UA et des membres de celle-ci. Il serait possible d’élargir la coopération, mais un contentieux persiste en Afrique, conséquence de l’intervention alliée en Libye en 2013, intervention en raison de laquelle l’OTAN a acquis, selon un interlocuteur appartenant aux milieux internationaux, une réputation de « machine de guerre » auprès de certains pays du continent. Les États africains ont le sentiment que l’Ouest s’est désintéressé beaucoup trop longtemps de leur sécurité. Toutefois, la délégation a constaté que, de l’avis général, les relations entre l’UA et l’OTAN allaient dans le bon sens, quoique lentement, et que les possibilités étaient nombreuses de consolider le partenariat et de le rendre plus efficace.

Les membres de la délégation ont appris que l’UE était l’un des grands donateurs d’aide à l’UA et qu’elle contribuait de manière significative à la stabilisation de l’Afrique. En 2016, elle a financé 95 % des opérations de paix et de sécurité de l’UA et, à l’instar de l’OTAN, elle intervient dans la construction de capacités ; l’assistance qu’elle fournit en ce qui concerne le système d’alerte lointaine continentale de l’UA est un élément majeur de cette aide. Le champ d’action de sa mission auprès de l’UA englobe pour l’essentiel le Grand Sahel et la Libye.
La délégation a reçu des informations sur l’action de l’ONU en Afrique et sur la coopération entre cette organisation et l’UA, de même que sur le soutien apporté aux pays africains par le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM). À la différence de l’UE, de l’ONU ou de l’OTAN, l’AFRICOM privilégie l’aide bilatérale.

L’Éthiopie contribue à la stabilité et à la sécurité de la région, selon Almaz Mekonnen, la secrétaire d’État pour la consolidation de la Paix. Un voisinage stable et pacifique est une condition indispensable à la sécurité du pays, a-t-elle indiqué, insistant sur la nécessité de stabiliser la Corne de l’Afrique. La secrétaire d’État aux affaires étrangères, Hirut Zemene, a quant à elle souligné que son pays était un fervent partisan du multilatéralisme et de la sécurité collective. Elle a ajouté que des questions transnationales comme le changement climatique ou la démographie ne sauraient être réglées que moyennant une étroite collaboration internationale.

La visite avait pour principaux objectifs une meilleure appréhension de la dynamique sécuritaire en Afrique et de faire le point sur la coopération entre l’OTAN et l’UA. D’autre part, l’opinion de celle-ci et de l’Éthiopie sur les questions de sécurité régionale et sur leurs conséquences pour la situation sécuritaire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord figurait en bonne place au programme de la visite.

Les 14 parlementaires qui composaient la délégation appartenaient à huit pays membres de l’OTAN et représentaient les sous-commissions sur les partenariats de l’OTAN (PCNP) et sur la transition et le développement (ESCTD) de l’AP-OTAN. La délégation, qui était conduite par le président de la PCNP, Miro Kovac (Croatie), était accompagnée de la présidente de l’Assemblée, Madeleine Moon (Royaume Uni) et des vice-présidents Vitalino Canas (Portugal) et Osman Askin Bak (Turquie). La visite a été effectuée du 23 au 25 septembre et comprenait des entretiens au siège de l’UA avec Khabele Matlosa, directeur du département des affaires politiques, Cisse Mariama Mohamed, directrice du département des affaires sociales, le colonel Omur Kosemehmet, officier de liaison militaire de haut rang de l’OTAN (SMLO) , Gerald Mitchell, chef de la mission des Nations unies auprès de l’UA, Almaz Mekonnen, secrétaire d’État à la consolidation de la paix et Hirut Zemene, secrétaire d’État aux affaires étrangères. La visite s’est conclue par un exposé d’Abdeta Dribssa Beyene, du Centre pour le dialogue, la recherche et la coopération, un groupe de réflexion indépendant éthiopien.

 


Les photos de cette visite appartiennent au domaine public et peuvent être consultées sur le compte Flickr de l'AP-OTAN.