Un plan d’action pour l’adhésion permettrait de tirer la Bosnie-Herzégovine de la grave paralysie où elle se trouve plongée

26 avril 2018

Sarajevo, 17 avril 2018 – C’est un message sans ambiguïté que de hauts responsables bosniens ont transmis à une délégation de la commission de la défense et de la sécurité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) en visite en Bosnie-Herzégovine les 16 et 17 avril : il faut la secousse salutaire d’un plan d’action pour l’adhésion (MAP) de l’OTAN pour tirer le pays d’une léthargie politique et économique qui s’éternise.

La Sous-commission sur l’avenir de la sécurité et des capacités de défense (DSCFC) avait apporté à Sarajevo un message de soutien et d’encouragement de la part de l’Assemblée. Les parlementaires des pays membres de l’OTAN ont instamment pressé leurs interlocuteurs d’agir concrètement pour sortir de la stagnation politique. Le président de la DSCFC, João Rebelo (Portugal), a dit à ses collègues bosniens : « L’approfondissement de l’intégration de la Bosnie-Herzégovine au sein de la communauté euro-atlantique nous paraît être le seul moyen dont dispose le pays pour venir à bout des problèmes politiques et économiques qu’il connaît actuellement. » Une stabilité politique et économique véritable est une condition sine qua non pour faire de la Bosnie-Herzégovine un État prospère et capable de contribuer à la stabilité de la région.

S’adressant aux parlementaires bosniens, le président de l’Assemblée, Paolo Alli (Italie), a déclaré : « L’AP-OTAN a constamment défendu l’idée d’un MAP pour la Bosnie-Herzégovine. » Il a ajouté qu’il souhaitait donc voir les législateurs bosniens se pencher à nouveau sur la réforme cruciale du secteur de la défense en s’attardant sur l’enregistrement des biens militaires et sur la corruption institutionnelle qui sévit dans des domaines tels que celui des acquisitions.

La Bosnie-Herzégovine reste fragile, conséquence des guerres qui ont ravagé les Balkans occidentaux dans les années 1990. Entre 1992 et 1995, la région a été le théâtre d’un conflit dévastateur opposant trois grandes communautés ethniques, conflit qui a fait plus de 100 000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes dans la région et au-delà. Serbes, Croates et Bosniaques (musulmans) avaient fini par conclure une paix précaire : les Accords de Dayton de 1995 visaient à équilibrer entre eux les intérêts de ces communautés grâce à une série de formules complexes régissant le partage des pouvoirs. La Bosnie-Herzégovine se compose de deux entités, la République serbe de Bosnie (Republika Srpska), à majorité serbe, et la Fédération de Bosnie Herzégovine, à majorité bosniaque et croate. La Fédération présente le cas le plus épineux, puisqu’elle compte dix cantons dont chacun a son Premier ministre. La présidence de la Fédération est assurée à tour de rôle – tous les huit mois – par un Serbe, un Croate et un Bosniaque.

Aujourd’hui, le pays affiche le taux de chômage des jeunes le plus élevé au monde, les organisations criminelles s’y livrent à des trafics en tous genres et la corruption compromet notoirement l’efficacité du gouvernement à tous les échelons. Il s’ensuit que la région connaît l’un des niveaux d’émigration les plus forts d’Europe, car elle n’offre aucune véritable perspective à la jeunesse bosnienne. De surcroît, une mésentente politique de plus en plus marquée entre la Fédération et la Republika Srpska vient aggraver la situation.

Dans le contexte de la campagne pour les élections législatives et présidentielle d’octobre prochain en Bosnie-Herzégovine, la rhétorique nationaliste avive les passions identitaires dans toutes les communautés ethniques ; le président de la Republika Srpska, Milorad Dodik, va jusqu’à réclamer une nouvelle fois l’indépendance pour son entité. Le scrutin à venir est compliqué par de récents appels en faveur d’une révision de la loi électorale. En effet, la communauté bosno-croate estime que, dans sa version actuelle, la loi en question ne lui garantit pas une représentation équitable et que cet état de fait contrevient aux dispositions de la Constitution. Si les problèmes qui se posent autour de la loi électorale ne sont pas réglés, les partis bosno-croates risquent d’empêcher la formation d’un nouveau gouvernement, plongeant ainsi le pays dans une paralysie plus profonde encore.

La délégation de la DSCFC se composait de onze parlementaires de sept pays membres de l’OTAN. Pendant cette visite de deux jours, elle a rencontré des membres du Parlement de Bosnie-Herzégovine, des responsables des ministères de la Défense et des affaires étrangères et des services de la sécurité intérieure, de même que des représentants de la société civile. Elle s’est également rendue au camp Butmir, qui abrite le quartier général conjoint de l’OTAN et de la Force militaire de l’Union européenne (EUFOR), et s’est entretenue avec des commandants. Un rapport complet de la visite sera disponible sur le site de l’AP-OTAN.