Touché par le blocus, le Qatar cherche à élargir ses relations avec l’Ouest

22 mars 2018

Le Qatar s’est longtemps appliqué à approcher en douceur la communauté internationale mais, se sentant désormais exposé à des menaces aux origines multiples, il a entrepris de renforcer ses défenses, notamment en se dotant des équipements militaires les plus modernes et en consolidant ses partenariats de sécurité, dont celui qui le lie à l’OTAN. Tel est le message transmis à une délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en visite dans le pays du 13 au 15 mars.
 
Les responsables qataris ont indiqué aux membres de la délégation que le blocus imposé par plusieurs pays arabes était injustifié, qu’il avait été décrété à la suite de fausses nouvelles propagées sur un site d’information qatari et qu’en aucun cas le royaume ne céderait à l’ultimatum en treize points qui lui avait été adressé, ultimatum dans lequel il voyait une grave atteinte à sa souveraineté.
 
« Le Qatar souhaite mettre un terme à la crise actuelle par le dialogue pour autant que sa souveraineté soit respectée », a déclaré à la délégation le ministre des Affaires étrangères, Mohammed ben Abdoulrahman al-Thani.
 
Apparemment, l’un des objectifs des pays à l’origine du blocus était de dissuader le Qatar de poursuivre une politique indépendante vis-à-vis de l’Iran. Il semble bien que ce plan ait fait long feu, puisqu’au contraire, les autorités de Doha n’ont eu d’autre choix que de coopérer avec Téhéran pour contourner le blocus. Cela dit, leurs relations avec les Iraniens ne sont pas particulièrement cordiales et sont d’ordre éminemment pratique, puisqu’elles tournent autour de l’exploitation d’un gisement gazier commun.
 
Les responsables qataris ont vivement rejeté l’accusation selon laquelle leur pays soutenait des groupes terroristes ; ils ont fait observer que le royaume collaborait étroitement avec des membres de l’OTAN pour lutter contre le terrorisme et son financement et qu’il prenait une part active aux opérations de la coalition anti-Daech.
 
Les membres de la délégation ont également appris que, durant la dernière décennie, le Qatar avait entrepris une profonde réforme politique et économique. Le président du Conseil consultatif, Ahmed ben Abdoullah ben Zaïd al-Mahmoud, a annoncé que des élections seraient convoquées afin de pourvoir certains sièges de cet organe législatif.
 
Si le Qatar occupe – grâce, pour l’essentiel, à ses gisements gaziers – la première place au classement mondial pour ce qui est du revenu par habitant, il n’en a pas moins diversifié largement ses activités pour mieux s’adapter à une économie internationale fluctuante. Il a également procédé à une refonte de son système éducatif.
 
En partie pour répondre aux critiques suscitées par les conditions régnant sur les chantiers de construction des stades qui accueilleront la Coupe du monde de football en 2022, le Qatar joue un rôle de pionnier à l’échelle de la région, en introduisant dans sa législation des dispositions relatives à la protection des travailleurs, selon l’Organisation internationale du travail.
 
La délégation de l’Assemblée, qui réunissait des membres de la Commission sur la dimension civile de la sécurité (CDS) et du Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient (GSM), se composait de trente parlementaires issus de 14 pays alliés et était conduite par la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam (France), présidente de la CDS, et par le président du GSM, Andrea Manciulli (Italie). La délégation a rencontré les ministres des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Economie du Qatar, le président et des membres du Conseil consultatif, des spécialistes du Brookings Doha Center et plusieurs ambassadeurs de pays alliés en poste à Doha. Elle a également visité le Centre d’opérations aériennes et spatiales combinées de la base aérienne d’al-Oudeïd, le siège de la chaîne de télévision al-Jazeera et celui de la Fondation du Qatar.