Soixante-dix ans après, l’OTAN fait face à de plus grandes menaces, s’accordent à penser parlementaires et experts

13 octobre 2019

 

LONDRES, le 12 octobre 2019 – Soixante-dix ans après sa fondation, l’OTAN est confrontée à des défis qui pourraient se révéler plus importants que ceux de la guerre froide ou des crises balkaniques des années 1990, car les guerres hybride et cybernétique, le changement climatique et le terrorisme mettent, sous de nouvelles formes (autrefois inimaginables), l’Alliance à rude épreuve, ont indiqué samedi parlementaires et experts.

Aujourd’hui, l’OTAN ne peut plus se permettre de lutter contre une seule chose à la fois, ont reconnu, à Londres, les participants à la session annuelle de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN).

« Le problème actuel est qu’il faut avoir trois OTAN, pas une », a indiqué aux membres de la commission sur la dimension civile de la sécurité Jamie Shea, professeur de stratégie et de sécurité militaire à l’Université de l’Essex.

M. Shea, qui a travaillé à l’OTAN pendant 39 ans, a fait observer qu’il y avait une OTAN militaire (classique), une OTAN à même de répondre aux menaces hybrides et une OTAN qui projette la stabilité au Moyen-Orient et dans le monde arabe.

Dans deux projets de résolution qui devraient être adoptés lundi, lors de la séance plénière de l’Assemblée, le délégué portugais Julio Miranda Calha et la parlementaire allemande Ulla Schmidt soulignent la nécessité de corriger les déséquilibres au sein des dépenses de défense des Alliés et de réaffirmer les engagements pris en faveur des valeurs fondamentales que sont pour l’Alliance la démocratie, la liberté individuelle et l’état de droit.

Lors de la réunion de la commission politique, le membre du Congrès américain Gerald Connolly s’est félicité de la nette amélioration des relations de l’OTAN avec l’Union européenne et de la volonté de l’Alliance de laisser la porte ouverte à de nouveaux membres en puissance comme moyen « d’étendre la zone de stabilité et les principes démocratiques en Europe ».

M. Connolly et Mme Schmidt se sont toutefois montrés préoccupés par « les forces déstabilisatrices qui menacent nos collectivités », telles que la désinformation - aussi bien à l’extérieur de la communauté euro-atlantique qu’au sein de celle-ci - qui compromet la tenue d’élections démocratiques et qui sape la confiance du public à l’égard des partis politiques traditionnels.

Ils ont encouragé les gouvernements et les parlements des pays membres de l’Alliance à créer une structure au sein de l’OTAN qui serait chargée de vérifier la légitimité démocratique des pays souhaitant y adhérer et d’en faire rapport, ainsi que de vérifier les tendances négatives éventuelles dans les pays alliés eux-mêmes.

« Le renforcement de la surveillance du recul démocratique ou des violations des droits humains au sein de l’Alliance peut constituer une démarche utile, qui pourrait prendre une ou plusieurs formes institutionnelles : un nouveau comité de suivi, confier cette responsabilité à un haut responsable ou créer un poste de médiateur spécial », a indiqué Mme Schmidt. De la même façon, le projet de rapport de M. Connolly préconise-t-il la mise en place d’un « centre de coordination de la résilience démocratique » chargé d’aider les pays membres de l’OTAN à consolider leurs institutions démocratiques.

En attendant, a précisé Gerald Connolly, « nous devons continuer à nous concentrer sur la cybersécurité et les menaces hybrides, surtout en ce qui concerne la désinformation et les élections. Dans le même temps, nous devrions encourager les efforts de lutte contre les causes profondes du mécontentement de l’opinion publique - les migrations, les inégalités de revenus, etc. »

Les projets de résolution recommandent l’actualisation du concept stratégique de l’OTAN (de sa vision à long terme quant à la manière de répondre aux menaces et de s’assurer que l’Alliance de nos 29 pays soit toujours prompte à s’adapter) afin de tenir compte de tous ces défis modernes et de souligner l’importance de valeurs démocratiques partagées.

« Je pense que les 70 prochaines années risquent d’être plus intenses et selon toute probabilité beaucoup plus intéressantes que les 70 dernières années », a estimé M. Shea.

 

Les photos de cette visite appartiennent au domaine public et peuvent être consultées sur le compte Flickr de l'AP-OTAN.