Résoudre les problèmes complexes de sécurité dans la région MOAN exige des approches multiformes

29 novembre 2017

Bruxelles, le 29 novembre 2017 - Résoudre les problèmes complexes de sécurité qui se posent dans la région MOAN exige des approches multiformes pour la simple raison que les défis eux-mêmes sont éminemment complexes et qu’ils résistent aux solutions simples.

C’est là une des principales conclusions d'un séminaire conjoint du Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient (GSM) de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN (AP-OTAN) et de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité (DSCTC), qui s’est tenu les 23-24 novembre à Rome (Italie).

Laura Boldrini, présidente de la chambre des députés, a déclaré que les pays de l'OTAN devaient être convaincus de défendre des valeurs démocratiques fondées sur la primauté du droit et les droits humains pour relever ces défis.

Le premier ministre italien, Paolo Gentiloni, a ajouté que la solidarité internationale était également un outil essentiel. Il a fait remarquer que l'Italie assumait un lourd fardeau en répondant avec compassion au flux continu de migrants dans la région méditerranéenne, mais que, face à des défis de cette ampleur, une intervention européenne et transnationale s'imposait. Il a ajouté que dans cette région, nombre de ces difficultés ne sont pas simplement de nature militaire et ne peuvent donc être réglées par des moyens exclusivement militaires mais exigent des approches multilatérales. Il a ajouté que les échanges interpersonnels sont nécessaires pour instaurer la confiance dans toute la Méditerranée, et proposé à titre d’exemple un éventuel programme d'échange de type ERASMUS pour la région, qui favoriserait de nouvelles solidarités parmi les jeunes, essentielles pour une stabilité à long terme.

François Burgat, directeur de recherche au CNRS, a quant à lui déclaré qu'il était important de chercher à renforcer la résilience face aux attaques terroristes, tout en articulant des arguments idéologiques pour faire échec aux discours qui alimentent le radicalisme croissant dans la région. Mais le défi le plus important consiste à ne plus produire de terroristes, et cela demande de s’attaquer aux causes profondes, dont la marginalisation économique et politique. Pour lui, l'Occident a tendance à plus se concentrer sur le « comment » que sur le « pourquoi », ce qui conduit à une approche déséquilibrée du problème du terrorisme, qui nécessite selon lui d’avantage d'écoute.

L'indivisibilité de la sécurité a également été mentionnée dans le contexte des tensions qui persistent en Libye. Giuseppe Perrone, ambassadeur d'Italie en Libye, a noté qu'il y avait un décalage entre les avancées dans les pourparlers politiques de réconciliation et la situation sur le terrain. Ceci est dû en grande partie au fait que les forces de milice n'ont pas été correctement mises en place et n'ont ni compris, ni souscrit au processus. De ce fait, le contexte sécuritaire en Libye demeure extrêmement fragmenté en dépit de quelques avancées, comme par exemple dans la lutte contre la traite des êtres humains. Cependant, on pourrait faire plus si l'autorité gouvernementale était unifiée au sein d'un seul appareil d’Etat.

Dans ses remarques sur l'extrémisme au Sahel, Francesco Strazzari, professeur à la Scuola Superiore Sant'Anna de Pise, a suggéré que le principal catalyseur de la radicalisation est la défaillance des services proposés aux citoyens et le sentiment d'insécurité qui en découle. Les changements climatiques, la corruption et les conflits liés à la propriété foncière ont tous contribué à renforcer un sentiment d'aliénation et à attiser des tensions sociales. Il a mis en garde les gouvernements occidentaux sur la nécessité de comprendre ces problèmes fondamentalement locaux qui sont les principaux moteurs de la rébellion au Sahel, plutôt que le djihadisme international en tant que tel, et contribuent à la fois à la radicalisation et à la migration. Fransje Molenaar, chercheur à l'Institut néerlandais des relations internationales, dit clairement que les politiques occidentales actuelles visant à endiguer la migration pourraient engendrer l'effet inverse dans la mesure où ces approches sapent les économies locales dans des lieux tels qu’Agadez au Niger. Une approche plus globale - et utile - reposerait sur la recherche de moyens pour améliorer la viabilité économique et la sécurité des sociétés locales.

Le séminaire du GSM, organisé par l'Assemblée conjointement avec la délégation italienne auprès de l'AP-OTAN, a abordé divers sujets, notamment la situation en Libye et en Afrique du Nord, la crise migratoire, la situation en Syrie et en Iraq, la menace terroriste en Europe et dans les Balkans occidentaux, ainsi que la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent. Les participants ont également examiné et adopté un rapport présenté par le sénateur Andrea Manciulli sur la menace posée par l'EI/Daech et Al-Qaïda en Europe. La version provisoire de ce rapport est disponible sur le site web de l'AP-OTAN (NDLR : la version finale sera postée dans les meilleurs délais). Cent membres des parlements de 35 pays ont participé à ce séminaire, y compris ceux des États membres de l’OTAN et des États membres associés, des pays méditerranéens associés, des États du Golfe et des pays de la rive Sud de la Méditerranée.

 Le Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN est une tribune qui rassemble les parlementaires des États membres de l’OTAN et les parlementaires de la région MOAN pour leur permettre de s’entretenir des problèmes politiques et sécuritaires et promouvoir la coopération. Il présente une opportunité de dialoguer avec des pays méditerranéens qui ne sont pas membres de l’OTAN.