L’OTAN doit rester ferme vis-à-vis de la Russie et renforcer l’aide accordée à l’Ukraine

14 octobre 2019

Londres, le 13 octobre 2019 – Les Alliés doivent répondre avec fermeté au comportement militaire et politique péremptoire de la Russie, et exprimer leur soutien au partenaire stratégique de l’OTAN qu’est l’Ukraine alors que la population ne cesse d’y espérer un avenir meilleur, ont indiqué dimanche parlementaires et experts.

Réunis à Londres pour la session annuelle de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN), les législateurs ont examiné le non-respect par Moscou du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, le rôle de la Russie en Syrie, la destruction en vol, au-dessus de l’Ukraine, d’un avion de la Malaysia Airlines transportant des passagers et l’attentat au gaz neurotoxique à Salisbury.

« L’Alliance doit rester ferme et continuer à consolider sa force de défense et de dissuasion tout en évitant une aggravation de la situation », a déclaré le législateur croate Miro Kovac aux membres de la commission politique de l’Assemblée. « Le déploiement, par roulement, de moyens classiques crédibles sur les flancs est et sud-est de l’OTAN constitue une réponse mesurée et nécessaire. »

M. Kovac a indiqué qu’il importait de maintenir la pression économique sur la Russie, notamment par le biais des sanctions internationales, et de veiller à ce que l’OTAN ne cède pas aux exigences de Moscou visant à faire cesser la politique de la porte ouverte en vue d’une possible adhésion des pays européens qui cherchent à rejoindre l’Alliance.

Présentant son projet de rapport sur les relations OTAN-Russie, M. Kovac a insisté sur la nécessité de poursuivre le dialogue, en particulier dans les domaines d’intérêt commun tels que la lutte contre le terrorisme, la coopération en matière de lutte contre la piraterie ainsi que le travail entrepris en Afghanistan pour lutter contre les stupéfiants.

Keir Giles, consultant principal dans le cadre du programme Russie et Eurasie de Chatham House, a rappelé que les pourparlers devaient avoir des objectifs précis, sous peine d’encourager Moscou à ne pas prendre au sérieux le processus et à considérer l’offre de réunions de haut niveau comme une récompense.

M. Giles a dit aux membres de la commission de la défense et de la sécurité que l’histoire montre que les intérêts stratégiques de Moscou étaient irréconciliables avec ceux de l’OTAN et ses partenaires et que « la Russie considère les concessions et les compromis comme des faiblesses à exploiter ».

Lors de la réunion de la commission sur la dimension civile de la sécurité, la sénatrice canadienne Jane Cordy a retenu les améliorations apportées en Ukraine nonobstant la déstabilisation russe qui continue d’affecter le pays cinq ans après la révolution pro-européenne de Maïdan.

« Malgré la persistance du conflit militaire, l’Ukraine a réussi à stabiliser son économie, à améliorer le climat commercial et à accroître considérablement son indépendance énergétique », a signalé Mme Cordy. Se félicitant de la récente initiative de paix du président Zelensky, elle a toutefois rappelé que l’objectif ultime des négociations était le plein rétablissement de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Les tensions entre l’OTAN et le Kremlin se sont intensifiées depuis l’annexion illégale de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie en 2014. Les Alliés estiment que Moscou continue de soutenir les séparatistes dans l’est de l’Ukraine et de fragiliser le gouvernement central. Plus de 13 000 personnes ont perdu la vie dans ce conflit.

« L’aide accordée à l’Ukraine par les pays occidentaux demeure essentielle », a souligné Mme Cordy, avant de prier instamment la communauté euro-atlantique de ne pas se laisser gagner par une certaine « lassitude à l’égard de l’État ukrainien ». La sénatrice a réaffirmé le soutien de l’Assemblée en faveur de l’intégration euro-atlantique de l’Ukraine.

Orysia Lutsevych, qui dirige le forum Ukraine au sein du programme Russie et Eurasie de Chatham House, a rappelé les changements politiques positifs au Parlement, les députés y étant en moyenne âgés de 41 ans, de nombreuses femmes y siégeant et le président ukrainien y bénéficiant, pour la première fois, d’une majorité.

« Les gens pensent, à tort ou à raison, que le pouvoir actuel parviendra à réformer le pays », a indiqué Mme Lutsevych, avant de signaler qu’il pourrait y avoir un « choc des systèmes » avec la Russie.

« Les Ukrainiens veulent un régime fondé sur des règles, et des règles claires. La Russie, elle, veut un système dans lequel les règles sont utilisées au profit de la ploutocratie et de l’autocratie. L’Ukraine est en première ligne à cet égard », a-t-elle conclu.