L’Europe ne saurait tenir pour acquise une évolution démocratique des Balkans occidentaux

20 novembre 2017

L’Union européenne et les États-Unis ne sauraient tenir pour acquise une évolution démocratique des Balkans occidentaux : le risque d’une régression n’a pas disparu. Une multitude de signes préoccupants tend à montrer qu’un vide s’est créé dans la région, vide que viennent combler des forces animées de motifs résolument antidémocratiques et anti-occidentaux.

Tel est le message primordial qui se dégage du séminaire Rose-Roth organisé par l’Assemblée parlementaire de l’OTAN sur le thème Balkans occidentaux : idées reçues du passé, défis actuels et engagements futurs et accueilli à Ljubljana par l’Assemblée nationale de la République de Slovénie du 7 au 9 novembre dernier.

Durant le séminaire, de nombreux intervenants ont fait observer que la crise économique qui avait débuté en Europe en 2008 avait eu des effets dévastateurs sur la région au-delà, précisément, du domaine économique. L’impression d’un sentiment d’usure et de lassitude suscité dans l’Union européenne par les élargissements successifs a été à l’origine d’un malentendu qui a freiné les Balkans occidentaux dans leur quête fondamentale de réformes démocratiques et économiques. Le secrétaire d’État aux affaires étrangères de la République de Slovénie, Andrej Logar, a toutefois constaté que l’Union européenne avait commencé à changer de ton et qu’elle était désormais prête à tenir ses promesses. M. Logar a également noté que l’Europe disposait d’une panoplie d’instruments qui contribuerait à une reconnexion entre elle-même et la région ; il a ajouté qu’à cet égard le développement des infrastructures destinées aux transports et à l’acheminement de l’énergie serait crucial. Le processus d’élargissement doit conserver son caractère individuel et rester fondé sur le mérite, mais il doit être dynamisé par les instances de l’Union européenne comme par les pays concernés, dont l’accession est en dernier ressort subordonnée à leur propre attitude.

Le président de l’Assemblée nationale de la République de Slovénie, Milan Brglez, a indiqué qu’à l’origine son pays s’était dissocié des Balkans occidentaux au moment où il s’acheminait vers l’accession européenne mais que, depuis, cette partie du monde représentait sa toute première priorité en matière de politique étrangère et que, par conséquent, il figurait maintenant au nombre des plus fervents partisans de l’intégration des Balkans occidentaux dans l’Europe.

Le chef du bureau bruxellois de l’Institut allemand pour la politique internationale et la sécurité, Dušan Reljić, a rappelé que les Balkans occidentaux devraient afficher un taux de croissance annuel de quelque 6 % pour avoir la moindre chance de s’aligner sur l’économie des Etats membres de l’Union européenne. Selon lui, cela ne peut se faire qu’à deux conditions : les pays de la région doivent entreprendre de véritables réformes politiques et économiques et l’Europe doit consentir à engager d’importantes ressources pour doter lesdits pays des infrastructures et des accès nécessaires à leur développement. La région souffre d’un très grave déficit commercial structurel vis-à-vis de l’Union européenne et ne bénéficie que dans une faible mesure des fonds structurels compensatoires qui pourraient l’aider à réduire ce déficit et à générer des revenus propres à financer des changements structurels.

Tous les intervenants ne se sont cependant pas montrés aussi optimistes. Plusieurs d’entre eux, dont Vedran Džihić, chercheur principal à l’Institut autrichien pour les affaires internationales (oiip), ont estimé que les Balkans occidentaux étaient confrontés à un problème de captation de l’État, situation dans laquelle une élite restreinte fait prévaloir ses intérêts sur ceux de la société dans son ensemble et menace ainsi la stabilité et la sécurité de l’État concerné. M. Džihić a dit aussi qu’un genre d’ordre néo-paternaliste faisait son apparition dans toute la région, phénomène qui faisait entrave au développement économique et politique.

De l’avis de l’intervenant, les sociétés civiles de la région ont besoin de l’aide de la communauté internationale pour faire pièce à l’omniprésence du népotisme, du clientélisme et d’une corruption prédatrice. Les événements survenus récemment dans l’ex-République yougoslave de Macédoine[1], où la société civile s’est fermement dressée contre la corruption et les pratiques antidémocratiques, sont particulièrement encourageants. De la même façon, divers intervenants ont souligné que les changements politiques fondamentaux survenus dans ce pays devraient constituer un atout non négligeable pour la candidature de Skopje auprès de l’Union européenne. D’autre part, certains signes donnent à penser que des progrès seraient envisageables quant au règlement de la question du nom, question qui fait obstacle à son accession à l’OTAN.

 


[1] La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.