Les craintes liées à l'avenir du traité FNI inscrivent la dissuasion à l’ordre du jour de l’AP-OTAN

02 juin 2019

Bratislava, 1er juin 2019 – Ce samedi, les discussions de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN sur l’avenir de la dissuasion nucléaire ont eu pour toile de fond l’éventuelle caducité du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). Depuis des années que la Russie persiste à ne pas respecter les dispositions de ce traité, les États-Unis ont signalé en octobre dernier leur intention de s’en retirer. Cette décision a été fermement et unanimement approuvée par les autres pays alliés.

« La tombée en désuétude du traité FNI risque de perturber l’architecture mondiale de maîtrise des armements mise en place après la guerre froide », affirme le sénateur Joseph A. Day (Canada) dans un projet de rapport présenté à la session de printemps de l’Assemblée.

« En mettant en péril la stabilité de la maîtrise et de la fabrication des armes nucléaires, cette détérioration de la situation pourrait déboucher sur une nouvelle ère de réarmement », lit-on aussi dans ce document.

Signé en 1987 par les États-Unis et l’Union soviétique, le traité FNI éliminait tous les missiles nucléaires et conventionnels à lanceur terrestre d’une portée de 500 à 5 500 km. La conception et le déploiement par la Russie du 9M729, un système de missile à double capacité à portée intermédiaire, contreviennent à l’esprit comme à la lettre du traité. En dépit des démarches diplomatiques, des sanctions économiques et des avertissements d’ordre militaire, le Kremlin refuse d’en revenir à l’application scrupuleuse du traité.

Par conséquent, les États-Unis ont annoncé le 1er février qu’ils cessaient temporairement d’honorer leurs obligations au titre du traité, lequel peut donc devenir caduc dans un délai de six mois si la Russie continue à ne pas s’y conformer. Répondant du tac au tac, le Kremlin a pris les mêmes dispositions dès le lendemain.

À l’instar de l’OTAN, le projet de rapport de M. Day presse la Russie de revenir à un respect du traité, faute de quoi elle devra assumer l’entière responsabilité de la caducité de celui-ci. Or, si le traité venait à disparaître, l’Alliance devrait réexaminer toute la question de la combinaison appropriée des forces et des négociations sur la maîtrise des armements, indique-t-il en conclusion.

Une intervenante invitée, Katarzyna Kubiak, chargée de recherche à l’European Leadership Network, a prévenu les participants que la caducité du traité FNI « engendrerait en Europe des défis sécuritaires qui soumettraient l’OTAN à d’énormes pressions ».

Mme Kubiak a évoqué divers mécanismes de maîtrise des armements susceptibles d’être utilisés dans l’hypothèse de la caducité du traité FNI, y compris la négociation d’un « FNI 2.0 » qui engloberait une plus large gamme d’armes et de nouveaux acteurs, parmi lesquels la Chine. Elle a dit faire partie de ceux qui considèrent viable un traité FNI d’ampleur mondiale, tout en ajoutant que cela prendrait « beaucoup, beaucoup de temps ».

Dans son projet de rapport, M. Day indique que le rôle de la Chine et d’autres puissances nucléaires risquerait de compliquer des rivalités déjà aggravées par la disparition du traité FNI : l’entrée en scène de  nouveaux protagonistes entretenant des liens complexes entre eux et s’aidant de technologies de pointe rendrait le départ d’une nouvelle course aux armements à la fois plus vraisemblable et plus dangereuse. Ce document sera mis à jour avant son adoption à la session annuelle de l’Assemblée, qui aura lieu à Londres en octobre.
 
Parlant plus spécifiquement des accords de maîtrise des armements classiques, Lukáš Parízek, secrétaire d’État au ministère des affaires étrangères de la République slovaque, a estimé que l’OTAN devrait coopérer plus étroitement avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’objectif étant de consolider de tels accords.

« [Ces accords] sont vitaux pour la réduction des risques d’escalade militaire et pour la prévention des conflits », a dit M. Parízek. « Malheureusement, au vu de l’actuelle polarisation de l’environnement politique, il est extrêmement difficile d’opérer cette consolidation. »

Elisabeth Braw, du Royal United Services Institute de Londres, a déclaré que, compte tenu de la diversité des menaces qui pèsent sur les sociétés occidentales – sabotage des réseaux électriques, campagnes de désinformation, ingérences dans les élections et perturbation des chaînes d’approvisionnement –, des méthodes de dissuasion actualisées étaient devenues nécessaires.

Elles pourraient associer toutes les couches de la société de manière à montrer aux adversaires potentiels que leurs efforts ne viendraient pas à bout de la résilience des pays alliés. « D’énormes possibilités nous sont offertes d’agir conjointement, de créer ensemble un bouclier, de dire à nos adversaires : « Oui, nos sociétés sont libres et ouvertes, mais vous ne parviendrez pas à perturber notre vie quotidienne. »

Les photos de la session appartiennent au domaine public ; elles sont disponibles sur le compte Flickr de l’Assemblée.

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