Le rôle de l'Islande dans la sécurité transatlantique s'accroît

16 mai 2019

Bruxelles / Reykjavik, le 13 mai 2019 - L'Islande est confrontée à un dilemme sécuritaire : comment faire pour que le Grand Nord demeure une zone de faibles tensions alors que la Russie renforce sa présence militaire et que les ambitions de la Chine dans l'Arctique augmentent. La stratégie actuelle du pays repose sur une double approche associant prise de conscience réaliste de la menace et préservation du Conseil de l'Arctique en tant que principal forum de dialogue régional sur les questions non sécuritaires.  

Guðlaugur Þór Þórðarson, ministre des affaires étrangères de l'Islande, a déclaré à une délégation de législateurs des pays membres de l'OTAN en visite dans le pays que l'Islande n'est plus à l'abri des conflits entre grandes puissances en raison de sa géographie. Ces dernières années, le pays a donc accru sa contribution à la défense commune de l'OTAN. Elle se félicite également que l'OTAN mette davantage l'accent sur la sécurité de l'Atlantique Nord. 

Tout en restant le seul pays allié sans forces armées et sans ministère de la défense, l'Islande investit dans de nouvelles capacités de défense et de sécurité et envoie davantage de personnel dans les structures et missions otaniennes. Il convient également de noter que l'Islande est l'avant-poste de l'Alliance dans l'Atlantique Nord. Les forces américaines, qui ont quitté l'Islande en 2006, retournent maintenant sur l'île par rotation afin d'améliorer la surveillance du passage GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni). Les moyens américains et islandais - dont des avions de patrouille maritime Boeing P8, des navires de la garde côtière, des hélicoptères et des radars - surveille les activités aériennes et sous-marines russes de plus en plus nombreuses dans la région ainsi que l'état des câbles sous-marins à fibres optiques. 

L'agression de la Russie contre l'Ukraine et l'intervention de la Russie en Syrie, ainsi que l'activité militaire croissante de Moscou dans l'Arctique, ont renforcé, au sein de la société islandaise, le sentiment de vigilance et l'appréciation de la pertinence pour la sécurité islandaise de la clause de défense collective de l'article 5 du Traité de l'Atlantique Nord. Dans le même temps, cependant, certains interlocuteurs islandais ont appelé les grandes parties prenantes de l'Arctique à s'abstenir de toute escalade dans le Grand Nord. Comme l'a exprimé un expert : "Si vous voulez rouler des mécaniques, faites-le dehors." Il existe un large consensus en Islande sur le fait que le Conseil de l'Arctique - dont l'Islande vient d'assumer la présidence - devrait rester le principal pilier de la coopération régionale et du renforcement de la confiance dans l'Arctique. 

Les interlocuteurs islandais ont noté que l'intérêt de la Chine pour l'Arctique s'affirme de plus en plus à mesure que le passage du Nord-Est s'ouvre à la navigation. La Chine chercherait à s'implanter dans cette région isolée mais stratégiquement importante du nord-est de l'Islande. La Chine y exploite déjà un laboratoire scientifique. L’un des experts rencontrés a exhorté l'OTAN à discuter des implications stratégiques de la présence croissante de la Chine dans l'Arctique. 

Si certains secteurs de l'économie islandaise pourraient bénéficier du réchauffement climatique, l'Islande est préoccupée par les effets à long terme du changement climatique, notamment sur l'acidité de la mer et sur le Gulf Stream. L'Islande puise déjà presque exclusivement dans des sources renouvelables - hydroélectricité et géothermie - pour produire de l'électricité et de la chaleur. Toutefois, elle s'est fixé d'autres objectifs ambitieux pour l'avenir. Ainsi, les autorités discutent des investissements dans l'énergie éolienne. L'Islande prévoit également de devenir neutre en carbone d'ici 2040 et de passer à un transport 100% électrique dès 2030. 

La visite de deux sous-commissions de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN (AP-OTAN) - sur la gouvernance démocratique (CDSDG) et sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité - a eu lieu du 8 au 10 mai. La délégation, composée de 21 législateurs de 12 pays de l'OTAN, était conduite par le président de la CDSDG et vice-président de l'AP-OTAN, Vitalino Canas (Portugal). La présidente de l'AP-OTAN, Madeleine Moon (Royaume-Uni), a également assisté à la visite. La délégation a rencontré le Président de l'Islande Guðni Thorlacius Jóhannesson, le ministre des affaires étrangères Guðlaugur Þór Þórðarson, des membres du parlement islandais et des experts indépendants. Des parlementaires de l'OTAN ont visité la base aérienne de Keflavik, la centrale géothermique de Nesjavellir et le patrouilleur de haute mer de la garde côtière islandaise, Þór.