Le Japon reste prudent à propos d’un accord avec la Corée du Nord et demeure inquiet à propos du défi posé par la Chine

25 juin 2018

Bruxelles / Tokyo / Osaka, le 25 juin 2018 – Le Japon soutiendra les efforts du président des États-Unis Donald Trump visant à négocier la dénucléarisation de la Corée du Nord, mais maintiendra une approche prudente à l’égard du régime de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). C’est en substance le message transmis à des membres de la délégation de parlementaires de l’OTAN lors d’une visite récente au Japon. Tokyo est directement sous la menace des missiles balistiques de la RPDC et de ses armes biologiques et chimiques. 

Les interlocuteurs japonais ont souligné que le Japon était confronté à une série de défis multiples, parmi lesquels les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, l’émergence de la Chine et les menaces qui pèsent sur le système commercial mondial. Sur ce dernier point, les divergences ont été exacerbées par le retrait états-unien de l’accord de partenariat transpacifique et par les tarifs annoncés par l’administration américaine sur l’acier et l’aluminium. À la fois des hauts responsables japonais et des experts indépendants ont fait part de leurs inquiétudes à propos du désengagement de l’actuelle administration américaine sur certaines questions qui ont une importance clé pour la stabilité mondiale, notamment dans le domaine du commerce. Cependant, peu nombreux sont les interlocuteurs à estimer que les États-Unis se retireront de leurs engagements en matière de sécurité dans l’Est asiatique. 

La Corée du Nord, notamment à travers ses programmes nucléaires et de missiles, représente une menace immédiate pour le Japon. Des intervenants du pays hôte ont également exprimé l’espoir que la récente rencontre entre le président des États-Unis et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Singapour représente peut-être une étape majeure vers un processus de dénucléarisation. Un ministre étranger a attribué la volonté de la Corée du Nord de négocier à la politique de « pression maximale » appliquée par le Japon. Il y a un consensus général sur le fait que l’objectif d’une Corée du Nord dénucléarisée prendra beaucoup de temps et exigera des efforts considérables. 

Des intervenants ont également estimé que la République populaire de Chine (RPC) ne jouait pas seulement un rôle crucial dans la négociation d’un accord avec la Corée du Nord, mais aussi dans la sécurité régionale et mondiale. Des intervenants officiels et indépendants ont souligné que la Chine et le Japon entretenaient des relations économiques très étroites, que les cultures de ces deux nations profondément liées et qu’elles partageaient une histoire commune, jalonnée de nombreuses relations fructueuses. Cependant, l’approche de plus en plus offensive de la Chine à l’égard du Japon et d’autres pays de la région soulève une grande inquiétude. Cette posture se traduit notamment par les revendications territoriales affichées par Beijing dans les mers de Chine orientale et méridionale et par l’opacité et la hausse rapide des dépenses militaires chinoises. Par conséquent, plusieurs intervenants considèrent que la Chine constitue, à long terme, la principale menace pour la sécurité. La Russie a également renforcé sa présence militaire dans la région, notamment dans les territoires du Nord faisant l’objet d’un contentieux (îles Kouriles), qui étaient sous occupation russe à la fin de la seconde guerre mondiale mais qui sont revendiqués par le Japon. Le nombre de décollages d’urgence entrepris par les forces aériennes japonaises en réponse aux vols de provocation menés par la Chine et la Russie a sensiblement augmenté au cours de ces dernières années. 

La délégation a appris que la réaction du Japon dans ce contexte tendu sur le plan de la sécurité était triple. Tout d’abord, le Japon améliore ses capacités de défense par différents moyens, notamment en modernisant ses forces armées et en renforçant sa défense antimissile. Deuxièmement, le Japon s’emploie activement à renforcer l’alliance américano-japonaise qui demeure cruciale pas seulement pour la défense nationale, mais aussi pour la sécurité et la stabilité régionales dans son ensemble. Troisièmement, le Japon renforce aussi sa collaboration avec d’autres partenaires comme l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde et l’ASEAN sur des intérêts de sécurité communs. Les parlementaires de l’OTAN ont été informés que cette stratégie axée sur la coopération multilatérale en matière de sécurité se reflétait aussi dans la « stratégie pour un espace indo-pacifique libre et ouvert », la nouvelle stratégie de politique étrangère adoptée par Tokyo. 

Par ailleurs, le ministre d’État à la défense, Tomohiro Yamamoto et d’autres hauts responsables japonais ont souligné que le Japon souhaitait développer son partenariat avec l’OTAN. Dans ce but, le Japon prévoit d’étendre sa représentation au sein du QG de l’OTAN en désignant son ambassade en Belgique comme mission auprès de l’OTAN. Des intervenants du pays hôte ont souligné que Tokyo souhaitait également coopérer avec l’OTAN dans le domaine de la cybersécurité. Le Japon est le plus ancien partenaire de l’OTAN hors Europe. Par le passé, il a soutenu un certain nombre d’opérations conduites par l’OTAN notamment en finançant l’assistance au développement et la formation des forces de police en Afghanistan et en participant à des exercices de lutte anti-piraterie au large de la Somalie. 

Sur le plan économique, on assiste à un début de reprise de l’économie japonaise mais d’importants problèmes structurels persistent, notamment une dette colossale dépassant 200 % du PNB. De plus, le défi démographique auquel le Japon est confronté en raison du vieillissement de sa population continuera d’alourdir ses dépenses publiques. 
Les développements dans le partenariat stratégique entre l’UE et le Japon ainsi que le partenariat bilatéral sur le commerce et les investissements ont été abordés au sein de la Représentation de l’Union européenne au Japon. La visite s’est terminée par des exposés d’Ichiro Matsui, gouverneur, et d’autres représentants du gouvernement de la préfecture d’Osaka. Ces exposés ont porté sur les mesures à prendre pour empêcher les situations d’urgence à caractère civil, pour se préparer à de telles situations et réagir en conséquence. Les responsables ont également transmis des informations approfondies sur l’impact du séisme qui a frappé la région d’Osaka le 18 juin, date de début de la visite.  

La délégation était composée de membres de la sous-commission sur les partenariats de l’OTAN (PCNP) et de la sous-commission sur les relations économiques transatlantiques (ESCTER). Le groupe, composé de 28 parlementaires de 13 pays membres de l’OTAN et dirigé par Metin Lütfi Baydar (Turquie), s’est rendu à Tokyo et à Osaka du 18 au 22 juin 2018. L’objectif de la délégation était d’obtenir une vision complète de la situation dans la région en matière de sécurité et de connaître la réponse du Japon aux défis qu’il doit relever. Au cours de la visite, la délégation a assisté à des séances d'information approfondies menées par des hauts responsables des ministères de la défense et des affaires étrangères du Japon et ont pris part à un dialogue actif avec des membres du Conseil parlementaire pour la sécurité globale de la Diète (DMCCS). La Diète du Japon participe à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en tant que délégation d’observateurs parlementaires. Des discussions avec des experts indépendants au sein de la Fondation pour la Paix Sasakawa et de l’université de Kyoto ont complété le programme.