L’Azerbaïdjan, partenaire stratégique de l’Ouest dans une région instable

20 septembre 2018

Bruxelles/Bakou, 18 septembre 2018 – L’Azerbaïdjan est devenu un partenaire stratégique primordial pour l’Europe.
L’achèvement très attendu du corridor gazier sud-européen en 2020 marquera pour l’Europe du Sud une étape majeure dans la diversification de son approvisionnement en énergie. En effet, de considérables volumes de gaz en provenance du gigantesque gisement offshore de Shah Deniz seront désormais acheminés vers la Turquie et vers l’Europe. En diversifiant ainsi l’origine de ses importations, le continent sera moins tributaire du gaz russe. Le partenariat économique et stratégique qui unit étroitement l’Europe et l’Azerbaïdjan a été un thème central de la visite à Bakou, du 12 au 14 septembre, du président de l’AP-OTAN, Paolo Alli (Italie), et d’une délégation de la commission de l’économie et de la sécurité.

La politique étrangère et sécuritaire de l’Azerbaïdjan est fortement influencée par sa position géographique, ainsi que par le conflit persistant qui l’oppose à l’Arménie au sujet du Haut-Karabakh. L’Azerbaïdjan a lié son économie à l’Ouest, qui lui achète la majeure partie de sa production énergétique, et avec lequel il noue aussi des relations dans les secteurs du transport et du commerce. Le pays entretient en outre des rapports particulièrement étroits avec la Turquie.

Le gouvernement azerbaïdjanais est cependant très attentif à la puissance et au poids économique de ses voisins, la Russie et l’Iran. Son pays doit ainsi se livrer à un jeu d’équilibre, dans cette région du monde marquée par l’instabilité. Bien qu’il soit engagé dans d’importants partenariats avec l’OTAN et avec l’UE, il n’ambitionne pas d’en devenir membre, à la différence de la Géorgie voisine.

De même, si l’Azerbaïdjan cultive certaines relations avec la Russie, il ne vise pas à entrer dans l’Union économique eurasiatique, dominée par Moscou, et dont l’Arménie fait partie. Les sanctions imposées par l’Ouest à la Russie et à l’Iran compliquent d’autant plus ses rapports économiques avec ces deux pays.

Les États occidentaux reconnaissent la position délicate de l’Azerbaïdjan. Plusieurs observateurs ont indiqué à la délégation que les pays de l’Ouest voyaient en lui un important facteur de stabilité stratégique et économique dans le Caucase et dans le bassin Caspien, voire au-delà de ces régions.
Notre partenariat avec des pays du Caucase du Sud est essentiel car la stabilité de cette région va de pair avec celle de l’Europea souligné Paolo Alli, président de l’AP-OTAN, lors de ses entretiens avec Ilham Aliyev, le président de l’Azerbaïdjan, son ministre des affaires étrangères Elmar Mammadyarov et le porte-parole du parlement azerbaïdjanais, Ogtay Asadov. M. Alli a salué le rôle du pays en tant que point d’équilibre dans la région et moteur d’intégration économique, ainsi que sa coopération active avec l’OTAN et son appartenance à l’AP-OTAN. Le président Aliyev et le ministre Elmar Mammadyarov ont tous deux réaffirmé l’engagement de leur gouvernement à coopérer avec l’Alliance, notamment par un soutien accru à la mission Resolute Support en Afghanistan. 

La principale difficulté que doit actuellement surmonter l’Azerbaïdjan réside dans le conflit autour du Haut‑Karabakh. Araz Azimov, vice-ministre des affaires étrangères, a exprimé son sentiment de frustration quant au statu quo actuel et déploré que la nouvelle dynamique positive espérée par la mise en place d’un nouveau gouvernement à Erevan ne se soit pas concrétisée. Pour lui, la communauté internationale doit se pencher avec plus d’attention sur cette question et faire activement respecter les principes d’inviolabilité des frontières nationales. Il a dit à la délégation que le cessez-le-feu étant enfreint des dizaines de fois par jour, l’expression « conflit gelé » était trompeuse. D’autres intervenants ont observé que les deux parties campaient sur leurs positions. La délégation a souligné que tout progrès vers une résolution du conflit dépendait avant tout des deux protagonistes.

Sur le front économique, le gouvernement azerbaïdjanais place la diversification au rang de ses priorités. La chute des prix de l’énergie démontre que l’économie nationale dépend à l’excès de ses ventes dans ce domaine. Mais comme Perviz Chahbazov, ministre de l’énergie, l’a déclaré à la délégation, des tarifs de gaz et de pétrole trop élevés sont une entrave à la diversification. Le gouvernement, a-t-il ajouté, souhaiterait voir coïncider des prix assurant des revenus qui répondent aux besoins du pays, et des conditions incitant suffisamment à la diversification. L’État azerbaïdjanais a maintenant pour priorité de développer les secteurs de l’agriculture, du tourisme, de la communication, des transports et des technologies de l’information, en favorisant le déploiement des connexions, lien essentiel entre toutes les activités. L’élévation du niveau d’instruction constitue une composante majeure de cette stratégie.

Outre ces rencontres, la délégation a visité le terminal BP de Sangatchal et s’est entretenue avec Bakhtiyar Aslanbayli, vice-président, au sein du groupe pétrolier, de la communication, des affaires étrangères et de la stratégie pour l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie. La construction du corridor gazier sud-européen a amplement progressé ; en particulier, celle du gazoduc transanatolien (TANAP) est achevée. Mais le segment final du gazoduc transadriatique (TAP), destiné à relier l’Albanie à l’Italie, reste en attente d’approbation par le gouvernement italien. Si celui-ci donne son accord, le chantier devrait s’achever en 2020, ce qui permettra au gaz azerbaïdjanais de rejoindre le cœur de l’Europe.

À long terme, du gaz d’Asie centrale pourrait aussi transiter par cette infrastructure de première importance, si l’on construit un gazoduc transcaspien. En outre, expliquent les dirigeants de BP, l’Iran pourrait un jour exporter du gaz par cette voie, mais cette perspective est difficilement envisageable compte tenu des sanctions dont ce pays fait actuellement l’objet. Il est devenu légalement possible de transporter du gaz au fond de la mer Caspienne, car les pays qui l’entourent, mettant fin à un vide juridique, ont récemment signé une convention sur son statut. Cependant, l’un de ces États peut en théorie bloquer un projet bilatéral de gazoduc, en invoquant une clause de protection de l’environnement comprise dans le nouvel accord.

La délégation de la sous-commission de l’AP-OTAN sur la transition et le développement réunissait 16 parlementaires de 11 pays membres de l’OTAN. Aux côtés du président de l’AP-OTAN, Paolo Alli (Italie) et de son vice-président Vitalino Canas (Portugal), elle était menée par Ivans Klementjevs (Lettonie), président de la commission de l’économie et de la sécurité. Le programme de la délégation comprenait aussi des rencontres avec des membres de la délégation du parlement azerbaïdjanais auprès de l’AP-OTAN, des chercheurs du Centre d’études stratégiques d’Azerbaïdjan (SAM), des ambassadeurs de pays de l’Alliance à Bakou, ainsi que des représentants de l’Union européenne, de l’Organisation des Nations Unies et de la Banque mondiale. La rapporteure de la sous-commission, Ausrine Armonaite (Lituanie), a établi un projet de rapport sur Le défi de la sécurité énergétique en Europe centrale et orientale. Les informations recueillies lors de cette visite seront reprises dans la version révisée de ce document, qui sera présentée pour adoption lors de la session annuelle de l’AP-OTAN à Halifax (Canada).