L’AP-OTAN se penche sur le rôle primordial du genre dans le processus de radicalisation opéré par Daech

19 octobre 2017

Bucarest, 8 octobre 2017 – Le concept du genre doit être pris en considération dans l’élaboration et l’application de méthodes de lutte contre l’extrémisme violent (LCEV). Tel est le message transmis ce dimanche aux membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, en session annuelle à Bucarest. L’intervention conjointe de femmes et d’hommes dans la mise en œuvre de programmes d’ouverture communautaire permettra d’aller plus loin dans l’instauration d’un climat de confiance et dans l’élimination des stéréotypes.
 
Elizabeth Pearson et Emily Winterbotham, deux spécialistes du Royal United Services Institute (RUSI) britannique, ont entretenu les parlementaires de leurs recherches sur « la question des femmes, du genre et de l’extrémisme violent ».
 
Mme Pearson a déclaré : « Il est important de tenir compte du concept de genre, car les femmes sont concernées tout autant que les hommes. Nous devons éviter les stéréotypes, apprendre à être à l'écoute des communautés et promouvoir la confiance. »
 
Pour sa part, Mme Winterbotham a indiqué que le rôle de la femme était souvent mal compris par les gouvernements dans leurs initiatives de LCEV.
« Les femmes », a-t-elle affirmé aux membres de la commission de la défense et de la sécurité de l’Assemblée, « jouent un rôle crucial dans l'édification de la paix et dans la LCEV. Nous jugeons préférable de leur laisser le soin de définir ce rôle, alors que, dans quelques-unes des actions les plus récentes en matière de LCEV, on les confine essentiellement dans des rôles – toujours pacifiques – de mère ou d’épouse. »
 
Mmes Pearson et Winterbotham ont publié au mois d’août, au terme de deux ans de recherche, un rapport sur la place du genre dans les campagnes de recrutement de Daech. Elles se sont entretenues avec quelque 250 personnes au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas et au Canada et ont relevé des différences entre les mécanismes de recrutement destinés aux hommes et ceux destinés aux femmes. Elles contestent la notion communément admise selon laquelle les femmes seraient des êtres par nature pacifiques ou d’innocentes victimes rejoignant Daech après avoir fait l’objet de manœuvres de coercition ou de manipulation. Le leurre de l’« autonomisation » féminine est un facteur de séduction utilisé par l’organisation terroriste à l’égard des jeunes femmes.
 
Les intervenantes ont expliqué que Daech s’adressait aux jeunes musulmanes confrontées à des problèmes d’identité dans les pays occidentaux et leur offrait « un nouveau projet de société », société dans laquelle elles auraient un grand rôle à jouer comme épouses ou comme mères, par exemple.
 
Elles ont également indiqué que, selon les estimations, un cinquième des 5 000 « combattants étrangers » européens à avoir rejoint Daech était constitué de femmes. « Nos travaux montrent que la radicalisation et l’adhésion à Daech sont véritablement un facteur d’autonomisation », a dit Mme Winterbotham. « Cela se rattache à la quête d’identité, élément fondamental du processus de radicalisation, tant pour les hommes que pour les femmes. » Le rapport des deux spécialistes montre que les femmes sont plus sensibles que les hommes aux campagnes de recrutement en ligne et, en particulier, à la prédation sexuelle sous couvert de demandes en mariage.
 
Les jeunes femmes qui se sentent discriminées dans les sociétés occidentales – en raison de leur tenue vestimentaire, par exemple – peuvent avoir l’impression que leur statut s’améliore lorsqu’elles s’alignent sur les positions de Daech, ont estimé les deux spécialistes. « Il faut tenir compte de vulnérabilités qui varient en fonction du lieu et du processus ; c’est là un paramètre essentiel à prendre en considération dans la conception des programmes LCEV », a conclu Mme Winterbotham.