L’AP-OTAN réfléchit aux incidences sécuritaires et sociétales de la 5G, de l’intelligence artificielle et des cybertechnologies

02 juin 2019

Bratislava, 1er juin 2019 – Les pays de l’OTAN doivent se tenir prêts à relever les nouveaux défis que lui réservent les technologies de communication, l’intelligence artificielle et les cybermenaces en raison de la rapidité avec laquelle elles évoluent. Ces défis ne se posent pas uniquement sur le plan de la sécurité : les technologies de pointe auront de profondes répercussions sociétales. C’est ce qui ressort d’une discussion à laquelle ont participé samedi 1er juin les membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.

Dans le contexte de débats alimentés par une série de projets de rapports et d’exposés de spécialistes, les parlementaires de l’OTAN ont examiné les menaces que font peser sur la sécurité les agissements d’acteurs extérieurs à l’Alliance, tels que la Russie ou la Chine, mais aussi les dissensions entre membres de l’OTAN quant à la façon de gérer le monde numérique et l’intelligence artificielle.

L’un des thèmes récurrents de la session de printemps de l’Assemblée, qui a lieu cette année dans la capitale slovaque, est le cas du géant technologique chinois Huawei et des systèmes de communication de la 5e génération qu’il produit : les conséquences éventuelles de leur utilisation pour la sécurité de l’OTAN suscitent en effet des préoccupations.

S’adressant à la commission des sciences et des technologies (STC) de l’Assemblée, Helena Legarda, du Mercator Institute for China Studies de Berlin, a déclaré : « C’est une erreur que de comparer Huawei à n’importe quelle autre entreprise. Derrière ce fabricant se profile un protagoniste extrêmement puissant : le parti communiste chinois. »

Selon Mme Legarda, le PCC se considère comme étant « au-dessus des lois » et s’il venait à insister pour que Huawei agisse au nom de la sécurité nationale, l’entreprise serait obligée de s’exécuter.

Frances Burwell, du Conseil atlantique, a rappelé à la ESC que, pendant que le débat tourne autour de la place de Huawei dans le déploiement des télécommunications de la prochaine génération, « un véritable rôle s’offre à l’OTAN puisque les infrastructures militaires dépendront de la 5G ».

Mme Burwell a souligné qu’« aucune entreprise américaine n’était capable de s’investir dans la 5G comme Huawei ». Les seules qui soient susceptibles de faire preuve dans ce secteur particulier d’une maîtrise proche de celle du fabricant chinois sont Ericsson, Nokia et Samsung    .

Passant à d’autres menaces sécuritaires d’origine extérieure, les parlementaires se sont penchés sur les cyberattaques commanditées par des États et ont posé la question de savoir à quel moment une riposte militaire serait justifiée en application de l’article 5 du Traité de Washington, qui porte sur la défense collective et en vertu duquel une attaque armée contre un Allié sera considérée comme une attaque contre tous les Alliés.

La discussion et les suites qui lui seront données serviront à la parlementaire Susan Davis (États-Unis) pour l’établissement d’un rapport réunissant des recommandations de politique générale à l’adresse des 29 membres de l’Alliance militaire, dans la perspective de la prochaine session annuelle de l’Assemblée, qui se tiendra à Londres à la mi-octobre.

Par ailleurs, les parlementaires ont réfléchi aux retombées de l’intelligence artificielle. Le rapporteur slovène, Matej Tonin, a affirmé : « Les robots militaires entraîneront de profonds changements. Leur emploi pourrait nous obliger à restructurer nos forces armées et à modifier nos concepts opérationnels ; il pourrait même influer sur l’équilibre militaire dans son ensemble. »

M. Tonin a lancé un avertissement : la Chine vise à devenir le numéro un mondial de l’intelligence artificielle et travaille à la conception de divers systèmes militaires mus par cette technique. Le rapporteur a pressé les innovateurs de l’OTAN en matière de défense d’investir dans des technologies et des applications militaires relevant de l’intelligence artificielle.

Paula Puškárová, de l’Université d’économie de Bratislava, a parlé des difficultés suscitées par la présence de robots dans un environnement professionnel civil. L’une des questions les plus préoccupantes est de savoir si l’automatisation détruira des emplois, a-t-elle fait observer, mais le problème le plus épineux sera celui des inégalités salariales de plus en plus marquées.

Mme Puškárová a évoqué la situation inextricable que connaît son propre pays. La Slovaquie est le plus grand producteur d’automobiles par habitant au monde. Nombreux sont les jeunes Slovaques diplômés de l’enseignement universitaire et contraints de se battre pour décrocher – le plus souvent dans l’industrie automobile – un emploi peu qualifié qui disparaîtra vraisemblablement avec l’arrivée des robots.

Les parlementaires ont également examiné un projet de rapport de leur collègue Jean-Marie Bockel (France) consacré aux tendances de l’économie numérique et aux problèmes de sécurité en la matière. Ce projet analyse la réponse des Alliés et les difficultés suscitées par la Chine et la Russie, de même que les tensions entre l’Europe et les États-Unis à propos de la protection des données personnelles et de la régulation des marchés.

Les photos de la session appartiennent au domaine public ; elles sont disponibles sur le compte Flickr de l’Assemblée.

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