L’AP-OTAN dénonce les ingérences électorales de Moscou et les activités des technoterroristes

28 mai 2018

Varsovie, le 27 mai 2018 – Réunis dans la capitale polonaise pour leur session de printemps, les membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN ont réclamé dimanche une parade énergique aux menaces qui font leur apparition dans le domaine des technologies informationnelles, depuis les ingérences électorales russes jusqu’aux activités terroristes menées sur l’internet clandestin, en passant par les cyberattaques contre des infrastructures d’importance critique.
Les guerres se livrent tout autant sur des écrans d’ordinateur qu’à coups de missiles et de bombardements. (...) Il se peut que nos démocraties soient menacées non par une invasion militaire, mais par des mensonges propagés sur Facebook.

Susan Davis, membre du Congrés des Etats-Unis


Mme Davis, qui présentait un projet de rapport sur les ingérences électorales de la Russie, a poursuivi : L’utilisation de cyberinstruments à des fins malveillantes menace tous nos pays ou presque. Nos processus politiques ont été pris pour cibles. Nos électeurs ont été manipulés. Si nous n’agissons pas, nos démocraties risquent d’être plongées dans le chaos par Moscou.Dans son projet de rapport, examiné par la commission des sciences et des technologies de l’Assemblée, Mme Davis recommande un renforcement des dispositifs de cyberdéfense des systèmes électoraux, la mise en place de mécanismes capables d’enrayer les attaques et d’y riposter plus rapidement, de même que des mesures favorisant la résistance à la désinformation ; par ailleurs, elle préconise instamment l’adoption de sanctions plus sévères pour dissuader les auteurs potentiels d’ingérences électorales.

Sean Kanuck, de l’Institut international d'études stratégiques de Washington, a admis que les sanctions infligées jusqu’ici à la Russie et à la Corée du Nord à la suite d’attaques informatiques dirigées contre des pays occidentaux n’étaient pas suffisamment dissuasives. Cet ancien cyberspécialiste du Conseil national du renseignement des Etats-unis a estimé que les pays alliés avaient les moyens techniques de riposter ; il a toutefois ajouté qu’il fallait se garder de provoquer une escalade.
Les pays membres de l’OTAN disposent des cybercapacités requises pour dénicher et révéler au grand jour des informations plus que déplaisantes sur certains membres haut placés du gouvernement russe. J’aurais tendance à penser que ce ne serait pas judicieux. (...) Ce pourrait être le début d’une escalade dont vous pourriez ne pas sortir victorieux.Les travaux de la session ont également porté sur l’exploitation de certaines technologies par des mouvements terroristes. Auteur d’un rapport sur la question, le parlementaire slovène Matej Tonin a indiqué que des terroristes employaient des cryptotechnologies à des fins de commandement et de contrôle, ainsi que pour le recrutement, les achats d’armes et les transactions financières.

M. Tonin a proposé diverses contre-mesures : une coopération accrue entre les services gouvernementaux et le secteur privé pour traquer les opérations illégales en ligne, une intensification des opérations de répression et de collecte de renseignements et une amplification de la recherche en vue d’un contrôle amélioré des cryptotechnologies.

La commission de la défense et de la sécurité s’est interrogée sur l’aptitude de Daech à entretenir l’existence d’un « califat virtuel » par son activité sur l’internet, après les défaites qu’il a essuyées sur le terrain en Syrie et en Iraq.
Raffaelo Pantucci, directeur des études sur la sécurité internationale au RUSI (Londres), a émis des doutes quant à la capacité de Daech d’utiliser durablement l’internet pour projeter l’image d’un pouvoir effectif. Selon lui :Pendant combien de temps peut-on entretenir la notion d’une organisation virtuelle susceptible de mobiliser les gens dans le monde réel si l’on est incapable de faire la preuve de victoires tangibles ? Prenons garde à ne pas nous laisser abuser par la facilité avec laquelle ils font parler d’eux sur l’internet.