La Russie, le Moyen-Orient et l’Asie de l’Est à l’ordre du jour de la visite de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en Pennsylvanie

06 octobre 2017

L’approche de la nouvelle administration américaine envers un certain nombre de questions internationales sensibles continue d’évoluer et les États-Unis demeurent fermement attachés à l’Alliance, ont indiqué les experts qu’une délégation de législateurs de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) a rencontrés lors d’une visite effectuée à Philadelphie et à Carlisle, en Pennsylvanie, du 18 au 21 septembre 2017.

Les exposés ont principalement porté sur la Russie, le conflit en Syrie et la situation dans le Golfe, ainsi que sur la crise nord-coréenne. Si les experts indépendants qui se sont adressés à la délégation ont exprimé des points de vue différents - et parfois contradictoires -, notamment concernant la crise syrienne, ils ont généralement estimé que la politique états-unienne à l’égard de ces régions restait à définir clairement. Cela étant, si les discours du président Donald Trump s’écartent pour une grande part de ceux de ses prédécesseurs, une continuité non négligeable persiste dans de nombreux domaines de la politique étrangère et de sécurité des États-Unis, ont appris les délégués.

S’agissant de la Russie, les experts états-uniens ont fait observer qu’elle était « trop importante pour être ignorée ». La communauté euro-atlantique doit avoir des relations de travail avec elle, même si les précédentes tentatives d’établissement d’un dialogue avec Moscou ont été vaines du fait des impératifs solidement enracinés qui déterminent la politique russe. Cette situation ayant peu de chances de changer dans un avenir proche, les pays membres de l’OTAN doivent rester unis et continuer de s’opposer fermement aux tentatives russes de fragiliser l’Organisation. De plus, tandis que les budgets de défense alliés augmentent, l’Alliance doit chercher à améliorer l’état de préparation des forces, par exemple par des formations conjointes. Cela non seulement démontrera la capacité de l’OTAN à protéger les Alliés mais enverra aussi un signal fort à la Russie, de même qu’aux partenaires de l’OTAN.

Au Moyen-Orient, les nouvelles instances dirigeantes états-uniennes semblent accorder la priorité au resserrement des liens avec les alliés traditionnels des États-Unis dans la région et adopter une position plus ferme à l’égard de l’Iran, a appris la délégation. Les experts ont rappelé que la défaite militaire imminente de Daech en Syrie et en Iraq n’apportera pas la stabilité dans la région. Alors que les Alliés s’efforcent encore de trouver un terrain d’entente sur la Syrie, la Russie et l’Iran ont renforcé le régime d’Assad. Un intervenant a laissé entendre que ce dernier est prêt à recourir à la stratégie la plus brutale pour écraser ses ennemis afin de prévenir toute future opposition au régime. La question des Kurdes d’Iraq et de Syrie, ainsi que les relations très conflictuelles entre l’Iran et les États arabes du Golfe sont autant de difficultés supplémentaires sur le terrain.

Le défi que représente la République populaire démocratique de Corée (RPDC ou Corée du Nord), qualifiée de « fossile de la guerre froide » par un intervenant, a constitué un autre volet des réunions d’information. Les experts ont fait observer que Pyongyang veut perpétuer son contrôle sur le pays et voit dans les armes nucléaires la stratégie de survie du régime. L’approche la plus réaliste à ce stade, a-t-il été expliqué, est de rechercher un accord en vertu duquel la Corée du Nord accepterait des restrictions et des inspections internationales de son programme nucléaire en échange de l’assurance conditionnelle de ne pas recourir à la force contre le régime. La République populaire de Chine a sans doute le plus d’influence sur la RPDC et son appui au pays a nettement diminué. Néanmoins, il est peu probable que Beijing contribue à régler la question nord-coréenne, en l’occurrence « parce que la Chine et les États-Unis envisagent des scénarios pessimistes très différents », comme l’a avancé un expert. D’autres intervenants ont argué que l’administration américaine actuelle n’avait pas de stratégie précise pour la région Asie-Pacifique, alors que Beijing, de son côté, poursuit résolument son initiative ʺLa Ceinture et la routeʺ. L’ascension de la Chine crée les conditions d’un tranfert de pouvoir au détriment des États-Unis, et ce changement affectera le système international tout entier, a-t-il été indiqué aux délégués lors de la visite.

La délégation constituée de deux sous-commissions de l’Assemblée (la sous-commission sur la gouvernance démocratique [CDSDG] et la sous-commission sur les relations transatlantiques [PCTR]), s’est entretenue avec des experts indépendants à Philadelphie et s’est rendue à l’Institut des études stratégiques de l’École de guerre de l’armée de terre américaine (Strategic Studies Institute of the US Army War College) à Carlisle. Cette visite s’est inscrite dans le prolongement de la série d’exposés auxquels les délégations de l’AP-OTAN sont invitées lors de leurs visites à Washington, D.C. Les parlementaires de l’OTAN se sont également rendus au Centre de renseignement de la vallée du Delaware des services de police de Philadelphie (Delaware Valley Intelligence Center of the Philadelphia Police Department). Composée de 26 parlementaires de 10 pays membres de l’OTAN et de deux pays partenaires, la délégation était emmenée par le président de la CDSDG, Lord Jopling (Royaume-Uni), et par le président de la PCTR, Øyvind Halleraker (Norvège).

Un compte rendu détaillé de cette visite sera publié prochainement sur les pages de la commission sur la dimension civile de la sécurité et de la commission politique du site internet de l’AP-OTAN.

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