La Hongrie et la République tchèque réaffirment leur vision de la défense et s’engagent à atteindre le seuil de dépenses de défense fixé par l’Alliance

15 octobre 2018

Bruxelles, le 11 octobre 2018 - Une délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN s’est rendue en Hongrie et en République tchèque du 1er au 4 octobre pour en savoir plus sur les efforts déployés par ces deux Alliés d’Europe centrale visant à prouver leur engagement au sein des nouvelles initiatives de l’Alliance transatlantique. Le partage des charges reste une préoccupation essentielle pour tous les États membres de l’OTAN. Le sujet occupait d’ailleurs une place centrale lors du sommet de l’Alliance à Bruxelles en juillet dernier, ce à quoi vient s’ajouter la pression politique croissante exercée par Washington sur l’ensemble des Alliés, les poussant à redoubler leurs efforts en matière de sécurité face à une situation de plus en plus complexe, en particulier en Europe. Alors qu’une multitude de défis contestent l’autorité de l’Alliance sur l’ensemble de ses domaines (aérien, terrestre, maritime et cyber), un programme d’adaptation et de transformation s’installe en son sein.

La Hongrie possède une vision forte et solide de l’Ouest et cherche à contribuer à sa défense et à son renforcement« La Hongrie possède une vision forte et solide de l’Ouest et cherche à contribuer à sa défense et à son renforcement », a déclaré Zsolt Németh, président de la commission du Parlement hongrois sur les affaires étrangères. Un sentiment partagé par Prague : « La République tchèque fait sa part pour consolider l’unité de l’Alliance. Nous avons bien avancé depuis le signal d’alarme tiré en 2014, mais il nous reste encore beaucoup de travail », a déclaré Jaromir Jahoda, représentant du ministère tchèque de la défense, aux membres de la délégation.

L’augmentation des dépenses de défense a été identifiée comme le principal obstacle que les Alliés européens et le Canada devront surmonter afin d’élargir la portée et l’efficacité des efforts collectifs de défense de l’OTAN dans l’environnement de sécurité actuel. Bien que les dépenses de défense ne représentent actuellement qu’environ 1,1 % du PIB de leurs pays respectifs, les représentants des gouvernements de Budapest et de Prague ont informé la délégation sur place que leurs pays avaient l’intention de quasiment les doubler d’ici 2024. Les États membres de l’Alliance doivent actuellement présenter des prévisions de dépenses de défense crédibles conformément au seuil de dépenses de défense de 2 % du PIB minimum fixé par l’OTAN lors du sommet du pays de Galles en 2014, aussi connu sous le nom d’engagement sur les investissements de défense.

Autre élément clé de cet engagement sur les investissements de défense, les pays de l’OTAN doivent consacrer au moins 20 % de leurs dépenses de défense à l’acquisition de nouveaux équipements et à la recherche et développement. Les équipements obsolètes ou hérités de l’époque soviétique, lorsqu’ils sont déployés, représentent une charge et viennent ralentir l’interopérabilité des forces de l’Alliance. Pour relever ce défi, la Hongrie comme la République tchèque sont engagées au sein de programmes de modernisation de leurs forces armées et de renforcement de leurs capacités dans certains domaines, tels que la cybersécurité ou le combat contre les armes de destruction massive.

Le nouveau programme de modernisation de la défense hongroise, baptisé Zrínyi 2026, progresserait comme prévu. Il prévoit la révision des forces terrestres et aériennes du pays avec l’achat d’une gamme de nouveaux véhicules blindés et de tanks, ainsi que d’avions et d’hélicoptères. D’autre part, dans sa stratégie de défense nationale présentée en 2017, Prague prévoit de spécialiser ses forces de défense dans les tactiques de lutte contre la guerre hybride, ce qui se traduira par un renforcement de ses capacités dans de nombreux domaines allant de la cyberdéfense aux forces spéciales. L’objectif du pays est d’avoir une meilleure connaissance de la situation actuelle et de faire preuve d’une plus grande résilience sur son territoire, ainsi que de contribuer davantage aux efforts des Alliés en matière de sécurité en participant à des opérations ou à des missions de formation, de conseil et d’assistance avec les partenaires de l’OTAN.

Au cours des dernières années, et ce pour les deux pays, la migration illégale s’est installée en première place des préoccupations politiques et de sécurité. La Hongrie et la République tchèque se considèrent au premier rang des protecteurs de l’espace Schengen face à ce défi. Comme l’a remarqué Zsolt Németh, « lorsque nous dépensons des milliards d’euros dans la défense des frontières de l’OTAN et de l’UE, il s’agit de solidarité. Nous cherchons à respecter les normes légales et à protéger notre communauté ». Bien que le nombre de personnes tentant de traverser les frontières soit actuellement faible, ce sujet est fortement exploité sur la scène politique des deux pays. Un représentant du gouvernement de Prague a déclaré que la crise migratoire de 2015 avait alimenté la peur du terrorisme sur le territoire tchèque. Alors que le pays n’a jamais souffert d’incident terroriste, la population s’entend largement à demander au gouvernement de considérer le risque terroriste comme la principale menace à la sécurité intérieure.

Cependant, les représentants tchèques ont remarqué que le véritable défi à long terme en matière de sécurité dans la région sera de faire face au travail réalisé par les services de renseignement russes pour discréditer les gouvernements nationaux. Les interlocuteurs tchèques et hongrois ont mis en garde la délégation contre les dangers de l’utilisation par la Russie de tactiques hybrides (par exemple, des campagnes de désinformation, l’intimidation économique et l’interférence dans les élections) pour perturber, affaiblir et discréditer les gouvernements d’Europe centrale. Comme l’a déclaré à la délégation un représentant de la sécurité à Prague, « la maîtrise des outils et des médias numériques n’est pas très élevée en République tchèque, ce qui facilite les tentatives d’attaques extérieures visant à perturber nos nations ». « Nous avons bien conscience de cela, et nous travaillons actuellement à tous les niveaux pour déjouer cette menace », a-t-il ajouté.

Au cours d’entretiens avec des législateurs, des universitaires et des journalistes, les parlementaires de l’OTAN ont examiné les défis actuels portant sur la liberté des médias et les droits humains en Europe centrale et de l’est. Des représentants de Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) ont informé la délégation que leur principale préoccupation était de faire face au déclin de la démocratie en Europe de l’est, en Russie et au-delà. Ils ont également fait part à la délégation de la création de Current Time, un nouveau programme consacré à déjouer la propagande russe en rendant l’actualité et des films disponibles aux personnes russophones partout dans le monde. Comme l’a déclaré un représentant de RFE/RL, « Current Time est la dernière véritable source d’informations sur l’OTAN et les autres institutions internationales à l’heure actuelle dans sa zone d’émission ». RFE/RL s’efforce à faire preuve d’innovation et de modernité dans sa diffusion. Ses méthodes semblent faire leurs preuves, puisque le nombre d’auditeurs atteint sur les différentes plateformes s’élève à ce jour à 2 milliards de personnes.

La délégation a également rencontré le commandement des forces interarmées des forces hongroises de défense, l’unité d’intégration des forces OTAN de Hongrie ainsi que le centre d'excellence interarmées pour la défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire à Vyskov, en République tchèque.

La délégation était composée de 23 parlementaires issus de 11 États membres de l’OTAN, dont des membres de la sous-commission sur la gouvernance démocratique (présidée par Vitalino Canas du Portugal) et de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité (présidée par Lord Campbell of Pittenweem du Royaume-Uni). Un rapport plus détaillé de la visite sera prochainement disponible sur ce site.