La dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie à l’ordre du jour de la session de l’AP-OTAN à Halifax

17 novembre 2018

Halifax (Canada), 17 novembre 2018 – Les pays européens doivent réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz russes, dès lors que le Kremlin poursuit ses tentatives de diviser le continent en usant de sa puissance énergétique comme d’un coin. Tel est le message transmis ce samedi à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN), qui tenait à Halifax sa session annuelle.

Présentant à la commission de l’économie et de la sécurité (ESC) de l’Assemblée son projet de rapport sur la sécurité énergétique, la députée lituanienne Aušrinė Armonaite a pressé l’Europe de négocier collectivement des contrats d’approvisionnement en gaz avec la Russie, de manière que cette dernière ne puisse profiter de sa position dominante pour imposer ses conditions aux plus petits pays.

« La Russie se sert de ses ressources en énergie pour diviser l’Europe, exercer des pressions politiques à l’encontre de pays vulnérables d’un point de vue énergétique, corrompre les systèmes politiques démocratiques et consacrer les recettes ainsi obtenues à des dépenses de défense considérables, tout en déployant des forces en Ukraine », a déclaré Mme Armonaite.

L’Europe importe de Russie environ un tiers de ses besoins en gaz et quelque 30 % de ses besoins en pétrole brut. Une grande partie du gaz transite par l’Ukraine, où, depuis une décennie, la société monopolistique russe Gazprom se livre par intermittence à une guerre des prix.

Dans son projet de rapport, Mme Armonaite insiste sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement, de limiter la dépendance de l’Europe en énergies fossiles, d’ouvrir le secteur à la concurrence, de renforcer la réglementation dans le domaine de l’énergie, d’améliorer la transparence et de lutter contre la corruption.

À Halifax, les parlementaires de l’OTAN se préparent à adopter une résolution dans laquelle ils demandent des mesures d’urgence à cet effet et la protection des infrastructures énergétiques contre d’éventuelles cyberattaques. Ils appellent en outre les pays alliés à aider l’Ukraine, déjà déstabilisée par les menées militaires russes, à ne pas tomber dans l’isolement sur le plan de l’énergie.

La Russie s’est vue infliger des sanctions de nature internationale pour son annexion illégale de la péninsule de Crimée en 2014. Les membres de l’ESC ont appris que la méthode des sanctions visait à engendrer des pénalités financières et, par exemple, à obtenir de l’Iran ou de la Corée du Nord qu’ils cessent de détourner à des fins condamnables leur politique en matière d’énergie nucléaire, mais qu’elle n’était pas toujours efficace.

Les États-Unis se sont retirés de l’accord international destiner à restreindre le programme nucléaire iranien, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles sanctions, mais les pays européens estiment que cet accord est important pour la sécurité régionale et mondiale ; ils essaient donc de préserver l’accès aux canaux de financement avec l’Iran.

Richard Nephew, chercheur au Centre sur la politique énergétique mondiale de l’Université de Columbia, a pris part à l’élaboration de l’accord sur le nucléaire iranien. Selon lui, la volte-face de Washington pourrait signifier que « l’économie iranienne s’en ressentira, mais pas au point d’obliger Téhéran à faire des concessions de bien plus grande ampleur ».

« Paradoxalement, certains à Washington finiront par perdre patience si l’Iran tarde à s’effondrer. C’est la raison pour laquelle l’imposition de nouvelles sanctions me paraît être non l’amorce d’une solution, mais bien le début d’une crise dont il sera beaucoup plus difficile de sortir, cette fois », a indiqué M. Nephew aux parlementaires de l’OTAN.