Investir dans des moyens nucléaires modernes et des mesures de dissuasion pour l’après-Traité FNI

14 octobre 2019

Londres, le 13 octobre 2019 – Hier, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a instamment demandé aux pays membres de l’Alliance de continuer à investir dans des moyens nucléaires modernes et de financer la mise en place de mesures de dissuasion significatives, l’objectif étant – dès lors que le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire ne s’applique plus – de décourager la Russie de poursuivre ses programmes de missiles.

Au mois d’août dernier, les États-Unis se sont retirés du Traité sur les FNI, accord bilatéral historique signé en 1987, à la suite de la fabrication et du déploiement par la Russie du missile SSC-8 ; les Alliés estiment en effet qu’il s’agit là d’une violation dudit traité, considéré comme la clé de voûte de la sécurité nucléaire de l’Europe.

Ce traité interdisait la production, l’essai et le déploiement de missiles de croisière et de missiles balistiques à lanceur terrestre d’une portée de 500 à 5 500 km.

« Les Alliés doivent rester favorables au maintien par l’OTAN d’un dispositif nucléaire puissant et efficace ; partant, ils doivent aussi continuer à investir dans la modernisation des moyens requis à cet effet », a déclaré le sénateur canadien Joseph A.  Day devant la commission de la défense et de la sécurité de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, qui tient sa session annuelle à Londres.

Tandis que le Traité sur les FNI se délite, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé que les Alliés multipliaient les exercices militaires et intensifiaient le partage de données du renseignement ; dans le même ordre d’idées, ils renforcent leurs moyens de défense aérienne et de défense antimissiles, sans oublier leurs capacités classiques, pour répondre aux mouvements de missiles russes. D’autres mesures pourraient suivre.

Conduisant la discussion autour d’un projet de résolution sur l’avenir de la dissuasion et de la maîtrise des armements – résolution qui devrait être adoptée aujourd’hui –, M. Day a estimé que « les Alliés [devaient] appuyer et financer les nouvelles mesures de défense et de dissuasion » annoncées jusqu’ici.

Le projet de résolution évoque l’importance que la Chine accorde à son arsenal nucléaire et prédit le doublement de ce dernier au cours de la décennie à venir. Sont également abordés dans le projet l’évolution de la situation eu égard à la Corée du Nord, le risque de voir l’Iran fabriquer des armes nucléaires et les complications que tout cela entraîne pour la maîtrise des armements, alors même que le Nouveau START – un traité sur la réduction des armes stratégiques – vient à expiration en 2021.

Bruno Tertrais, de la Fondation pour la recherche stratégique, a pressé les Alliés de ne pas imiter la Russie ; selon lui, il est peu probable que Moscou n’adhère pas bientôt à un nouveau traité de maîtrise des armements d’un genre ou d’un autre.

« Notre réaction ne doit pas nécessairement être le reflet du comportement de la Russie. La Guerre froide est terminée et nous essayons d’en éviter une nouvelle », a dit M. Tertrais. « La Russie reviendra à la maîtrise des armements lorsqu’elle estimera qu’il y va de son intérêt. Par exemple, pour mieux prévoir ce que font les États-Unis et tenter, si possible, d’imposer des restrictions pour quelques-uns des moyens que ce pays ou d’autres seraient en train de mettre au point. »

L’intervenant a ajouté : « Sauf volte-face spectaculaire du Kremlin, la phase actuelle peut durer quelques années au moins. »

Pour Tom Plant, chargé des questions de prolifération et de politique nucléaire au Royal United Services Institute, la Russie ne voit guère l’intérêt de se précipiter pour concevoir de nouveaux armements.

Dans un monde sans entraves, la Russie « est toujours le pays qui s’en sort le plus mal : à chaque fois que vous spéculez sur la question de savoir qui aura quoi dans le contexte de l’équilibre des forces, la base industrielle russe est incapable de s’aligner sur les avancées de la technologie moderne ».

Rappelant que les traités en vigueur n’avaient pu définir les sanctions à appliquer en cas de contravention à leurs dispositions, M. Plant a fait observer que les traités à venir devraient mieux prendre en compte la manière de répondre à toute nouvelle violation.

« À mon avis, nous sommes peut-être devenus très forts pour détecter les violations, mais je ne suis pas convaincu que nous soyons si forts que cela dès qu’il faut réfléchir préalablement aux mesures à prendre au stade suivant », a conclu M. Plant.