Faire front ensemble : les efforts alliés pour un renforcement de la dissuasion de l’OTAN en Estonie

27 juin 2018


Bruxelles / Tallinn, le 25 juin 2018 – L’évolution de la posture de dissuasion de l’OTAN sur le flanc Est prouve clairement la détermination de la communauté transatlantique à se tenir aux côtés de tous les pays membres dans un environnement de sécurité européen de plus en plus instable. Une Russie réenhardie défie l’OTAN par le biais de toute une série d’actions agressives, allant de démonstrations de forces conventionnelles à l’application de tactiques hybrides déstabilisantes aux niveaux politique, économique et social. Nulle part ailleurs le nouveau défi russe ne se fait sentir plus vivement que dans les États baltes.

En amont du sommet des chefs d’État et de gouvernement des pays de l’OTAN qui se tiendra ce mois de juillet à Bruxelles, une délégation de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité (DSCTC) - emmenée par son président et le vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP OTAN), Lord Campbell of Pittenweem (Royaume-Uni) - et le président de l’AP OTAN, Paolo Alli (Italie), ont visité les avant-postes de la nouvelle posture de dissuasion de l’OTAN en Estonie. Cette visite a eu lieu dans le cadre de l’étude d’un an que la sous-commission mène sur l’évolution des initiatives de l’OTAN dans ses territoires orientaux. 

À Tallinn, le ministre des affaires étrangères de l’Estonie et ancien vice-président de l’AP-OTAN, Sven Mikser, s’est adressé en ces termes à la délégation : « La région de la mer Baltique est la seule frontière entre l’OTAN et la Russie où le Kremlin croit disposer d'un avantage en termes d’espace, d’équilibre des forces et de temps ». 
M. Mikser a fait preuve d'un optimisme prudent s’agissant de la position de l’Alliance vis-à-vis de la Russie : « Leurs menaces peuvent être découragées, » a-t-il poursuivi, « il y a eu des développements positifs depuis la mise sur pied des missions de police du ciel et de la présence avancée rehaussée (eFP). Il s’agit là d’une dynamique positive qui évolue dans le bon sens. Mais ça n’est pas parfait vu les nombreuses insuffisances capacitaires qui demeurent ».

Le déséquilibre des forces et les questionnements au sujet de la capacité de l’Alliance à renforcer sa présence dans les pays baltes en cas de crise ont suscité une énorme préoccupation dans tous les pays alliés, tandis que la persistance des gesticulations russes dans la région, sous la forme d’exercices d’alerte immédiate et de violations de l’espace aérien et maritime, continue de focaliser l’attention des responsables militaires et politiques. La mesure la plus significative que l’OTAN ait prise à ce jour pour décourager tout aventurisme russe éventuel est le récent établissement de l’eFP, qui consiste en quatre groupements tactiques multinationaux composés de personnels des pays alliés transatlantiques et déployés dans les États baltes et en Pologne. Concernant l’eFP, le président de la commission de la défense nationale du parlement d’Estonie, Hannes Hanso, s’est adressé comme suit à la délégation : « C’est un important signal qui est donné à tous les niveaux. L’eFP n’est pas prête à réagir à une provocation de la Russie – s’il y avait provocation, cette présence aurait un rôle plutôt faible. Rien de tout ceci ne serait arrivé si la Russie n’avait pas agi comme elle l'a fait en Crimée ».

Les bataillons de l’eFP sont relativement petits en comparaison de la taille des forces russes affectées au district militaire Ouest, qui partage une frontière avec les trois États baltes. En même temps, les bataillons de l’eFP ne seraient censés n’être que le déclencheur de ce qui serait une réaction massive de l’Alliance au cas où la Russie tenterait une quelconque action militaire sur le territoire de celle-ci.

Le bataillon multinational de plus de 1000 soldats déployé en Estonie est stationné dans la ville de Tapa. Il est dirigé par le Royaume-Uni et bénéficie du soutien du Danemark et de l’Islande. La France dirige actuellement la mission de police aérienne depuis la base d’Amari. De par leur position géographique précaire, les États baltes font toutefois l’objet de nombreuses spéculations quant à la décision qui pourrait être prise au sommet de l’OTAN en juillet de procéder à de nouveaux renforcements.

Du côté des Alliés, les planificateurs s’intéressent prioritairement au problème de la rapidité du renforcement compte tenu des problèmes de mobilité militaire et de l’état de préparation des forces en Europe. Les États baltes sont reliés au territoire de l’OTAN par une étroite bande de terre de 65 km, appelée passage de Suwalki, bordée par l’oblast de Kaliningrad non contigu à la Russie, à l’ouest, et par le Bélarus allié de Moscou, à l’est. C’est le point le plus vulnérable de l’OTAN. Les excellents systèmes de défense intégrés qui y sont déployés par la Russie rendent difficile tout approvisionnement militaire vers cette région.

Et les déficiences infrastructurelles et bureaucratiques propres à l’Alliance n’aident pas à résoudre le dilemme d’un renforcement potentiel en Baltique. Des rapports parus récemment ont révélé des insuffisances infrastructurelles dans les territoires orientaux de l’OTAN, ils ont mis en exergue la lourdeur bureaucratique qui pèse sur les transferts de personnels et de matériels et mis en doute la capacité des Alliés européens de l’OTAN à déployer rapidement des brigades dans cette région en cas de conflit.

La question de la mobilité militaire occupera une place essentielle à l’agenda du sommet qui se tiendra à Bruxelles en juillet. Plusieurs interlocuteurs rencontrés en Baltique ont fait remarquer à la délégation que les États-Unis proposeront vraisemblablement une augmentation du nombre de forces alliées déployables dans la région lors du sommetwe3. La proposition, appelée 30-30-30-30, vise à faire en sorte que l’OTAN dispose de 30 bataillons de forces terrestres, de 30 escadrons de chasse et de 30 navires prêts à être déployés dans les 30 jours à compter de la mise en alerte. 

S’il était mis en œuvre, ce plan pourrait être considéré comme un défi lancé par les États-Unis à leurs Alliés européens de prouver leur volonté accrue de répondre aux exigences de la nouvelle posture de défense et de dissuasion de l’Alliance. Face à la nécessité de s’adapter rapidement pour pouvoir relever les défis sur les flancs Est et Sud, à l’augmentation des incidents de nature terroriste et d’autres menaces hybrides déstabilisantes à tous les niveaux, les pays membres de l’OTAN doivent investir davantage pour couvrir la hausse des coûts de sécurité sur tout le territoire de l’Alliance.

Pour le moment, les États-Unis assument une part disproportionnée des coûts liés à l’adaptation de l’OTAN. La question du partage des charges sera elle aussi mise sur la table en priorité par les États-Unis lors des discussions sur l'avenir de l’Organisation qui seront menées avec les Alliés le mois prochain.  Comme l’a dit assez clairement le ministre de la défense de l’Estonie, Jüri Luik, à la délégation : « Le fait est qu’il manque d’investissements pour couvrir les frais liés aux besoins de sécurité actuels. Le problème est politique. La volonté n’est pas au rendez-vous. Tous les Alliés doivent prendre cette question au sérieux ».

Ces quelques dernières années, les États-Unis ont augmenté leurs investissements en faveur de la sécurité européenne, ce qui leur a notamment permis de renforcer leur présence en Europe de l’Est. Un programme de financement, baptisé The European Deterrence Initiative (l’Initiative de dissuasion européenne), permet désormais aux États-Unis de diriger le bataillon multinational en Pologne et de consacrer des milliards de dollars à l’amélioration de l’infrastructure, à la multiplication des exercices et à l'accroissement des mouvements de rotation en personnels et en équipements dans la région. Les membres de la délégation de la DSCTC ont pu se rendre compte par eux-mêmes des initiatives déployées par les États-Unis dans la région Baltique en participant à la journée pour visiteurs de marque dans le cadre de l’exercice Saber Strike dirigé par les États-Unis.

Il s’agit d'un important exercice de coordination des forces des trois États baltes, des forces polonaises, des forces terrestres américaines en Europe ainsi que des forces de nombreux autres pays membres et partenaires de l’OTAN. Pendant près de deux semaines, 20 000 soldats ont participé à cet exercice organisé dans les pays baltes et en Pologne. Les commandants de l’armée états-unienne ont expliqué à la délégation que Saber Strike représente une importante plateforme pour les États-Unis du point de vue de leur engagement permanent dans la région. La générale de brigade Kate Leahy, commandante générale adjointe chargée des questions de mobilisation et de réserve – forces terrestres américaines en Europe – a déclaré à la délégation : « L’objectif de Saber Strike est de voir comment les Alliés organisent ensemble leur dissuasion. Il apporte la preuve indiscutable de nos capacités de défense collective ».

La délégation de la sous-commission sur la coopération transatlantique en matière de défense et de sécurité de l’AP-OTAN était composée de 20 parlementaires issus de 11 pays membres et partenaires de l’OTAN. Un rapport complet de la visite de la sous commission en Estonie et en Finlande, qui s’est déroulée du 11 au 15 juin 2018, sera publié sur le site web de l’AP-OTAN.