En visite en Grèce, les parlementaires de l’OTAN ont été incités à redoubler de vigilance en matière de sécurité dans les Balkans et en Méditerranée orientale

13 mars 2019

Bruxelles / Athènes, le 12 mars 2019 – En visite à Athènes (Grèce), des membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) ont été exhortés à accorder plus d’attention aux problèmes de sécurité persistants sur le flanc sud-est de l’Alliance et de l’Union européenne (UE). « Les Balkans ne sont pas la face cachée de la Lune », selon les termes de Christos Karagiannidis, chef de la délégation de la Grèce auprès de l’AP-OTAN et la stabilité en Méditerranée orientale demeure précaire, notamment en raison du conflit en Syrie et de l’afflux de migrants.

Madeleine Moon (Royaume-Uni), présidente de l’AP-OTAN, a félicité les responsables politiques grecs pour le courage et pour la vision à long terme dont ils ont fait preuve en réglant avec le pays voisin la question du nom de la Macédoine du Nord, sujet pourtant particulièrement sensible. « J’espère que l’accord de Prespa contribuera à préserver la paix et la stabilité dans votre région et dans toute l’Alliance », a-t-elle dit lors d’une déclaration commune avec le président du Parlement grec, Nikolaos Voutsis. Son message a reçu un écho constant de la part d’autres parlementaires de l’OTAN, notamment ceux représentant le parlement de la République de Macédoine du Nord.

La sécurité aux frontières et la crise des migrants/réfugiés a constitué l’autre thème principal de la visite. Pour les dirigeants grecs, c’est actuellement la question extérieure la plus difficile à résoudre. Depuis 2015, environ 1,5 million de personnes fuyant la violence et la pauvreté sont entrées sur le territoire grec. Si leur nombre a amplement diminué depuis 2016, le problème persiste. Aux termes de l’accord UE-Turquie conclu en 2016, la Grèce doit traiter toutes les demandes d’asiles enregistrées sur son territoire. De ce fait, elle se situe aujourd’hui au troisième rang après la France et l’Allemagne pour le nombre de dossiers déposés : 69 000 en 2018. Le nombre de migrants renvoyés en Turquie s’avère moindre que prévu, en raison des dispositions légales grecques sur l’asile et de la longueur des procédures. Actuellement, de nombreux migrants restent hébergés dans les centres d’accueil surpeuplés des îles grecques de Lesbos, Samos et autres.

Le président Voutsis, le ministre de la politique d’immigration, Dimitrios Vitsas, et d’autres interlocuteurs grecs ont appelé à une plus grande solidarité et à un partage plus équitable des charges que représente l’afflux de migrants, en particulier via l’amendement du règlement de Dublin, afin d’atténuer les difficultés que rencontrent les États membres situés aux frontières de l’UE. Cependant, la Grèce tient à traiter tous les migrants avec le respect qui leur est dû et à placer la sauvegarde des vies humaines avant toutes autres considérations. Le pays a accru les capacités de ses garde-côtes pour faire face aux mouvements migratoires en mer Égée. De plus, il œuvre en étroite collaboration avec des partenaires internationaux tels que Frontex, l’OTAN et la Turquie. La coopération des garde-côtes entre la Grèce et la Turquie a été particulièrement saluée. Tous les participants ont convenu que de tels efforts communs peuvent et doivent consolider les relations gréco-turques.

Outre ces deux domaines prioritaires, la Grèce soutient le renforcement de la défense et de la posture de dissuasion de l’Alliance sur ses flancs est et sud-est, a déclaré Evagelos Apostolakis, ministre de la défense. Bien que sa situation économique et financière demeure tendue, le pays consacre plus de 2 % de son PIB à la défense et participe activement aux opérations de l’OTAN.

Se considérant comme un havre de démocratie et de stabilité au sein de l’arc d’insécurité qui s’étend de l’Ukraine à l’Afrique du Nord, la Grèce s’efforce de développer toutes sortes de partenariats régionaux dans le but d’éviter une déstabilisation accrue de cette région. Il s’agit notamment d’alliances tripartites comprenant, avec des configurations différentes, Chypre, Israël, l’Égypte et la Jordanie. Athènes entretient aussi de solides liens de coopération bilatérale avec les États-Unis, notamment en accueillant la base navale états-unienne de la baie de Souda, en Crète.

Selon ce qu’il a été indiqué à la délégation, l’opinion publique grecque est, au sein de l’Alliance, la plus favorable à la Russie, principalement en raison des longues relations historiques et culturelles entre les deux pays. La Grèce n’en soutient pas moins la politique de l’OTAN vis-à-vis de Moscou. Elle appuie de cette manière le volet « dialogue » de l’approche duale adoptée par l’OTAN – dont la dissuasion constitue le second volet. En outre, et bien qu’elle ait remis en question l’efficacité des sanctions appliquées à la Russie, la Grèce veille à ne pas briser le consensus européen à ce sujet. Les relations gréco-russes ont été mises à l’épreuve quand, à l’été 2018, les services secrets russes ont tenté de saboter les négociations entre Athènes et Skopje concernant le nom de la Macédoine du Nord. Depuis, ces rapports bilatéraux se sont améliorés et la Grèce entend développer sa coopération avec la Russie dans les domaines politiques, économiques et énergétiques.

La délégation de l’AP-OTAN se composait de 38 parlementaires issus de 13 États membres de l’Alliance et de deux délégués de la République de Macédoine du Nord, faisant partie de la sous-commission sur les relations transatlantiques (PCTR) et de la sous-commission sur la gouvernance démocratique (CDSDG). Elle était codirigée par Karl A. Lamers (Allemagne), président de la PCTR, et par Vitalino Canas (Portugal), président de la CDSDG. Elle réunissait aussi des représentants du groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient (GSM), sous la direction de son président Philippe Folliot (France).

La visite, qui s’est déroulée du 4 au 6 mars 2019, comportait des réunions avec des membres du gouvernement, des parlementaires, des responsables des garde-côtes et des universitaires grecs, ainsi qu’avec des représentants d’organisations internationales. La délégation s’est notamment rendue dans les centres d’hébergement provisoire accueillant des demandeurs d’asile à Elaionas et Schisto, ainsi qu’à bord du Gavdos, vaisseau de patrouille des garde-côtes grecs.