De graves lacunes dans les capacités de lutte anti-sous-marine de l’OTAN

14 octobre 2019

Londres, le 13 octobre 2019 – Les capacités de l’OTAN destinées à contrer la menace grandissante que représentent les sous-marins russes, ont diminué dangereusement et des mesures d’urgence s’imposent pour renforcer les défenses, a constaté un projet de rapport de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN (AP-OTAN) présenté dimanche.

« L’Alliance est confrontée à la menace sous-marine croissante et concrète des sous-marins russes », la rapporteure canadienne, Leona Alleslev.
« Cette menace ne se limite pas à la sécurité dure classique. Un danger immédiat existe également clairement du côté de la stratégie de guerre asymétrique et hybride menée par la Russie, dont le but est de renforcer son pouvoir, son influence et sa puissance économique, ainsi que d’isoler, d’affaiblir et de diviser (...) l’Alliance », ajoute Mme Alleslev.
 

Malgré cette menace, les membres de l’Alliance ont laissé leurs capacités de lutte anti-sous-marine (ASM) « s’amenuiser dangereusement », lit-on dans le rapport, qui en conclut que « l’OTAN ne peut plus laisser perdurer une situation où ses capacités de lutte ASM risqueraient d’être insuffisantes. L’enjeu est trop important ».

Le texte de Mme Alleslev a été approuvé dimanche par la commission des sciences et des technologies de l’AP-OTAN.
Il fournit des pistes pour reconstituer tout l’éventail des moyens de lutte ASM de l’Alliance par l’investissement et la modernisation, y compris par l’élaboration de nouvelles technologies en matière de capteurs et l’intégration de véhicules sous-marins sans pilote (AUV) dans les missions anti-sous-marines. 

Leona Alleslev a exhorté les gouvernements des pays de l’OTAN à tenir la promesse d’augmenter les dépenses de défense, soulignant qu’au titre des 20 % du budget militaire de chaque État censés être affectés à de nouvelles acquisitions de matériel, devraient figurer des investissements substantiels dans la lutte anti-sous-marine, y compris dans les avions de patrouille maritime, les navires de surface aptes à la lutte ASM, les hélicoptères maritimes, les systèmes de détection acoustique et de robustes flottes de sous-marins tactiques.
 

L’Alliance doit également porter une plus grande attention aux menaces contre les réseaux de câbles sous-marins.
Sur la question plus vaste de la sécurité maritime dans l’Atlantique Nord, le législateur britannique Sir Nicholas Soames a fait état d’une évolution alarmante. 
« La capacité dont disposerait un adversaire d’empêcher que les renforts ne franchissent l’océan Atlantique ou de les retarder, affecterait la capacité collective même de l’Alliance d’exercer une fonction de dissuasion et de défense contre toute menace », a-t-il déclaré. « La Russsie remet de plus en plus en question la capacité des Alliés de commander et de contrôler cet espace hauturier stratégique. »

Sir Nicholas Soames a fait observer qu’après des années de faible attention portée à cette question, l’OTAN a récemment commencé à se montrer à la hauteur. Le commodore Marcel Hallé, chef d’état-major adjoint pour la planification auprès du Commandement maritime allié, a convenu que les récentes mesures (en cours d’application) prises par les Alliés pour mettre au point une structure de commandement maritime plus robuste, acquérir de plus grandes capacités et organiser des exercices maritimes plus nombreux, renforçaient la position de l’Alliance.
« L’OTAN s’est saisie du problème et compte combler rapidement le fossé où nous nous trouvions, en plaçant l’Alliance sur la voie qui lui permettra de relever les défis militaires actuels et à venir », a indiqué le commodore Hallé aux membres de la commission de la défense et de la sécurité.
Les intervenants ont souligné qu’il importait d’exploiter les nouvelles technologies dans le développement des capacités maritimes, notamment les véhicules autonomes et les systèmes de communication et de surveillance maritime de pointe.

« Certaines missions rébarbatives, polluantes et dangereuses pourraient être effectuées à un coût nettement moindre par des systèmes sans pilote », a déclaré Catherine Warner, directrice du Centre pour la recherche et l’expérimentation maritimes de l’Organisation OTAN pour la science et la technologie.
Figurent au nombre des autres mesures recommandées par Sir Nicholas Soames l’établissement de nouvelles bases alliées dans l’Atlantique Nord et autour de celui-ci, un accroissement des investissements en faveur des capacités navales, en particulier des avions de patrouille maritime de pointe et des autres moyens de lutte anti-sous-marine, ainsi que la modernisation des infrastructures existant en Europe pour faciliter l’acheminement, si nécessaire, des forces et du matériel américains et canadiens. 
 

Ces recommandations ont été insérées dans un rapport sur la sécurité dans l’Atlantique Nord, qui devrait être adopté lundi par l’AP-OTAN. 


Flickr