Dans le cadre de débats sur les tensions dans la mer Noire, les parlementaires exhortent l’OTAN à faire preuve de fermeté à l’égard de la Russie

09 octobre 2017

Bucarest, 7 octobre 2017 – Des parlementaires de plusieurs pays de l’Alliance atlantique, préoccupés par les tensions qui règnent autour de la mer Noire, ont exhorté samedi les gouvernements alliés à renforcer leurs efforts visant à maintenir la stabilité et la démocratie dans cette région.
« La détérioration du paysage sécuritaire mondial de ces dernières années mine les efforts consacrés au développement d’une coopération et d’une identité régionales en mer Noire, a déclaré la parlementaire allemande Ulla Schmidt devant les membres de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.
« La concentration militaire frôle un niveau dangereux et de nombreux conflits ne sont toujours pas résolus alors que la Russie a substantiellement accru sa présence dans la région » a-t-elle déclaré lors de la session annuelle de l’Assemblée à Bucarest. « La communauté internationale – et, en particulier, l’UE et l’OTAN – doivent accorder une plus grande priorité à la mer Noire afin de renverser la tendance négative et de relancer la coopération régionale ».
Une résolution, présentée par Mme Schmidt, et qui devait être adoptée par l’Assemblée ce lundi, exhorte les Alliés à utiliser « tous les moyens politiques et diplomatiques pour apaiser les tensions dans la région de la mer Noire » tout en réaffirmant que l’AP-OTAN « condamne sans équivoque les violations constantes par la Russie de l’intégrité territoriale de la Géorgie et de l’Ukraine, les graves violations des droits humains dans les territoires occupés et les actes visant à intimider et à déstabiliser ses voisins ».
Le ministre roumain de la défense, Mihai-Viorel Fifor, a indiqué aux parlementaires de l’OTAN que la Russie avait modifié le rapport de forces dans la région, créant une situation sécuritaire « fluctuante et imprévisible ».
« La répercussion la plus importante sur la sécurité autour de la mer Noire est liée à l’approche déterminée et au comportement agressif récemment adoptés par la Russie à l’égard de ses voisins et envers l’OTAN et l’UE », a déclaré M. Fifor. « Le rôle joué par la Fédération de Russie dans la crise ukrainienne constitue la plus forte détérioration de l’ordre européen aux retombées internationales depuis la fin de la guerre froide”.
Le renforcement de la présence russe aux abords de la mer Noire a des répercussions plus larges au-delà de cette région car la Russie cherche à accroître encore plus son influence, a déclaré le ministre roumain des affaires étrangères Teodor-Viorel Meleşcanu. «
Selon lui, ce déploiement de troupes autour de la mer Noire est clairement le point de départ d’une présence importante en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient dans son ensemble ».
L’ancien ministre roumain des affaires étrangères, l’ambassadeur Sergiu Celac, a fait observer que la coopération régionale en mer Noire est compromise par des prérogatives géopolitiques. « Il est plus important que jamais de préserver les institutions régionales. Même avec des perspectives limitées, ces institutions s’avéreront utiles lorsque l’environnement politique s’améliorera », a déclaré M. Celac.
La question plus large de la relation entre l’OTAN et la Russie a été abordée par la parlementaire lituanienne, Rasa Jukneviciene, dont le rapport précisément sur ce thème a été adopté à Bucarest. « Les Alliés doivent rester attachés à un dispositif de dissuasion solide et s’opposer aux agressions et aux provocations continuelles de la Russie contre les pays partenaires de l’Alliance, dont l’Ukraine et la Géorgie », a-t-elle indiqué.
Deux des experts ayant pris la parole devant les membres de l’Assemblée se sont toutefois montrés plus optimistes. « La Russie ne constitue plus une menace pour l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne” a déclaré le professeur Andreas Goldthau, du Royal Holloway de l’université de Londres, s’exprimant à propos de la sécurité énergétique de l’Europe. Selon M. Goldthau, l’UE a réussi à mettre en place une infrastructure et des politiques qui lui ont permis de ne plus être tributaire de l’approvisionnement russe. « En théorie, l’Union européenne pourrait remplacer dès demain le gaz russe par des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) ».
De manière plus générale, Mark Galeotti, chercheur principal et coordinateur au centre de sécurité européenne à l’Institut des relations internationales (Prague), a affirmé que les efforts de la Russie visant à « diviser, détourner, désespérer et décourager » l’Occident sont vains. « Je suis convaincu que nous sommes en passe de gagner. (…) Je suis frappé par le mouvement très net au sein de l’armée et des institutions de sécurité nationale en Russie qui traduit un découragement de plus en plus marqué » a en effet déclaré M. Galeotti.