Daech est en perte de vitesse, mais l’insurrection rurale reste préoccupante

17 novembre 2018

Halifax (Canada), le 15 novembre 2018 – En Syrie et en Iraq, la menace territoriale que représentait Daech est pratiquement éliminée, mais le groupe extrémiste attise dans ces deux pays ravagés par la guerre une insurrection paysanne qu’il convient de juguler. Tel est le message adressé ce vendredi à des parlementaires des pays membres de l’OTAN et de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.

Selon les spécialistes qui sont intervenus devant le Groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient (GSM) de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, l’Iraq demeure vulnérable en dépit d’avancées politiques et sociales considérables, tandis qu’en Syrie la guerre civile s’est transformée en un conflit essentiellement géopolitique qui oppose puissances mondiales et régionales.

« En Syrie, Daech est pratiquement éradiquée en tant qu’entité territoriale, à l’exception de quelques poches de résistance, mais nous assistons à une transition vers une forme d’insurrection paysanne qui s’étend à l’ensemble des campagnes iraquienne et syrienne », a indiqué Faysal Itani, du centre Rafik-Hariri pour le Moyen-Orient, qui dépend du Atlantic Council.

Plus de sept ans après le début de la répression d’un soulèvement national par les forces de sécurité du président Bachar el-Assad, a ajouté M. Itani, « une étape a été franchie et le conflit syrien se définit maintenant par une concurrence géopolitique entre rivaux internationaux, bien plus que par toute autre chose ».

Pour M. Itani, cela s’explique en partie par la stratégie américaine consistant à exercer « les pressions les plus fortes »sur l’Iran, très présent en Syrie, mais aussi par la volonté de la Turquie de veiller à ce que le conflit ne provoque plus de mouvements migratoires : la majeure partie des réfugiés syriens se sont installés sur le territoire turc, ainsi qu’en Jordanie, au Liban et dans l’Union européenne.

C’est pour cela que les autorités d’Ankara s’investissent dans l’obtention de cessez-le-feu, mais elles sont aussi tributaires de la disposition de la Russie à veiller à ce que le régime d’el-Assad, soutenu par Moscou, n’attaque pas les zones tenues par les Turcs.

Loulouwa al-Rachid, du Carnegie Middle East Center, s’est montrée optimiste, elle aussi, pour ce qui est de la sécurité en Iraq, maintenant que la déroute de Daech est quasi générale, mais elle a souligné que le gouvernement de Bagdad demeurait fragile.

« L’apparition d’une véritable opposition armée capable de mobiliser des régions entières contre l’ordre politique post-baasiste est une hypothèse aujourd’hui écartée. Ce risque n’existe plus », a dit Mme al-Rachid, qui s’exprimait lors d’une session ad hoc du GSM en marge de la 64e session annuelle de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, au Canada.

Elle a toutefois lancé une mise en garde : « L’Iraq est toujours vulnérable et potentiellement instable. Les pouvoirs publics ont été affaiblis par les milices, l’extorsion de fonds, le crime et la corruption prospèrent et le gouvernement peine à diriger le pays, faute d’un contrôle centralisé s’exerçant depuis Bagdad, a dit Mme al-Rachid.

Le chef de la délégation de l’Iraq auprès de l’AP-OTAN, Bachir Khalil Tofiq, a souligné que le gouvernement de son pays avait accompli de grands progrès, compte tenu de l’ampleur des destructions causées par des années d’insurrection et d’affrontements confessionnels. Il a appelé les pays alliés et l’Ouest à maintenir leur engagement à l’égard de l’Iraq malgré la défaite de Daech.

« Notre peuple », a dit M. Tofiq, « demande au monde entier et, singulièrement, aux pays qui en sont au stade de l’après-Daech de soutenir l’Iraq du double point de vue de l’économie et de la sécurité pour rétablir les infrastructures détruites dans les batailles menées contre le terrorisme. »

Le GSM offre aux parlementaires des pays de l’OTAN, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord un forum où ils peuvent discuter de politique et de sécurité et stimuler la coopération. Il a été créé en 1996 en tant que mécanisme formel voué à l’étude des problèmes régionaux et destiné à encourager les dirigeants de la région à mener entre eux un dialogue constructif.