Covid-19 : Osman Askin Bak analyse l’importance de la préparation civile, la résilience, la solidarité et l’unité de l’Alliance face aux futures épidémies potentielles.

17 juillet 2020

Dans son dernier entretien, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN a rencontré Osman Askin Bak, vice-président de l’AP-OTAN et chef de la délégation turque, qui souligne la contribution de la Turquie dans la lutte contre la pandémie, l’importance d’une coopération civilo-militaire étroite et le rôle essentiel de l’OTAN dans la lutte contre la Covid-19.

4 questions posées à Osman Askin Bak:

I.    Les efforts déployés par les Alliés pour fournir des ressources et une aide humanitaire aux pays les plus durement touchés ont été essentiels pour aider les Alliés et les partenaires à faire face à cette crise sans précédent. Pourriez-vous nous dire comment la Turquie a utilisé les structures de l’OTAN pour aider les autres et comment la Turquie a bénéficié de l’aide d’autres Alliés pendant la crise ?

La pandémie de Covid-19 a une fois de plus montré l’importance des notions de solidarité et d’unité au sein de l’Alliance.

La Turquie et le peuple turc ont toujours eu à cœur d’exprimer leur solidarité et leur unité avec leurs amis, en particulier en temps de crise humanitaire. Ces deux dernières années, la Turquie est le pays qui a dépensé le plus gros pourcentage de son PIB au monde en aide humanitaire. Nous ne sommes peut-être pas le pays le plus riche, mais je suis fier de constater que nous sommes certainement le plus généreux.

Alors même que les temps sont durs, la Turquie a été en mesure de fournir une assistance à quelque 125 pays depuis le début de la pandémie, dont 21 pays alliés et 31 pays partenaires de l’OTAN ainsi qu’à d’autres pays amis dans le besoin.

L’OTAN a joué un rôle important dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 dans le cadre de l’article 3 du traité de Washington. Tout au long de la crise, le Centre euro atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC) a joué efficacement son rôle de centre d’échange d’informations où les pays en difficultés ont pu soumettre des demandes d’aide qui étaient alors reliées avec les offres d’assistance d’autres pays.

Pour la livraison de nos fournitures médicales, nous sommes heureux d’être les premiers à avoir eu recours au mécanisme de mobilité aérienne rapide (RAM) qui fait appel à un indicatif radio spécifique à l’OTAN en coordination avec Eurocontrol pour les vols de secours militaires, et ce, afin de faciliter les plans de vol et de raccourcir la durée de voyage. Nous avons utilisé ce mécanisme pour livrer des fournitures médicales au Royaume-Uni et aux États-Unis. L’existence même de ce mécanisme nous a prouvé une fois de plus à quel point notre Alliance était essentielle et la portée des défis que nous pouvions surmonter ensemble.

II.    Quelles mesures supplémentaires l’OTAN et les forces armées alliées devraient-elles prendre pour accompagner la réponse nationale et internationale à la crise du Covid 19 ? 

La préparation civile est avant tout une responsabilité nationale au sein de l’OTAN, mais la sécurité de l’Alliance même repose sur le maintien par tous les Alliés d’un état de préparation et d’une résilience civiles solides, conformément à l’article 3 du traité de Washington. À cet égard, l’Alliance aura encore beaucoup à faire pour développer les meilleures pratiques, utiliser les enseignements tirés et discuter de l’introduction de mesures supplémentaires pour renforcer notre résilience et le niveau de préparation de notre secteur civil.
 
L’épidémie de Covid-19 a également souligné l’importance d’une coopération civilo-militaire étroite, qui permet d’accroître la résilience nationale et d’offrir une réponse en cas de catastrophe. Les capacités militaires ont ainsi renforcé la réponse civile face à la Covid-19 à l’échelle nationale. Les forces militaires nationales permettent de fournir des services médicaux, notamment en menant des activités de recherche et de développement, en mettant en place et en exploitant des centres de tests, en fournissant des équipements de protection individuelle, en assurant des services de transport (y compris l’évacuation médicale) et en planifiant la logistique. 

Les capacités institutionnelles de l’OTAN sont tout à fait adaptées pour apporter une réponse internationale exemplaire à la lutte contre cette pandémie et contre d’éventuelles catastrophes similaires qui pourraient survenir. Il va sans dire que nous devons être mieux mobilisés et plus à même de faire connaitre tout le potentiel de l’OTAN. 
 
Alors que nous nous rapprochons de la phase de reprise post-pandémie et que nous nous préparons à une éventuelle deuxième vague, l’OTAN doit continuer à se tenir prête à coordonner l’aide aux Alliés et aux partenaires en cas de besoin. Les autorités militaires sont déjà chargées d’étudier les options permettant de répondre à une éventuelle deuxième vague. 
 
La préparation d’un stock de fournitures et d’équipements médicaux essentiels par l’OTAN sera également cruciale pour accompagner les réponses nationales, si nécessaire, lors de cette éventuelle seconde vague. 
 
Plus important encore, pendant cette crise sans précédent, il est essentiel que tous les Alliés restent unis et fassent preuve d’une forte solidarité par tous les moyens possibles.

III.    La Turquie a aidé de nombreux Alliés, mais elle a aussi beaucoup fait pour soutenir les pays partenaires de l’OTAN. De quels outils l’OTAN dispose-t-elle pour aider ses partenaires et comment l’OTAN pourrait-elle renforcer ces outils pour les aider lors de futures crises sanitaires et autres urgences civiles ?

Nous sommes parvenus à nous soutenir mutuellement et à accompagner certains partenaires, en particulier grâce à l’utilisation efficace de nos mécanismes, et notamment le Centre euro atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC). Il s’agit du principal mécanisme de réaction aux situations d’urgence de l’OTAN dans le domaine civil.
 
Nous nous félicitons que l’EADRCC ait permis de répondre à 16 demandes d’aide internationale, dont celles de sept Alliés et de huit partenaires. Nous poursuivons notre travail pour voir ce que nous pouvons faire pour accompagner les 12 demandes d’assistance qui restent actives. L’EADRCC a également reçu des demandes d’assistance du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), qui ont déjà été prises en considération.
 
En outre, les forces militaires de toute l’Alliance ont effectué plus d’une centaine de missions pour transporter du personnel médical et des centaines de tonnes de fournitures. 
 
L’Alliance a adopté ce que l’on appelle les sept exigences de base. Elle a partagé les détails de ces exigences avec certains partenaires afin de les accompagner dans leurs efforts dans ce domaine.
 
En ce qui concerne la coopération entre l’OTAN et l’UE, cette crise a également démontré la nécessité pour les deux organisations de renforcer leurs propres avantages comparatifs. La coopération entre les deux organisations ne peut se faire que dans les deux sens. L’OTAN n’est pas en concurrence avec l’UE. Nous attendons la même approche de la part de l’UE. 

IV.    Quel est le rôle des parlementaires dans cette crise ? Et quel rôle la diplomatie interparlementaire, y compris au sein de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, peut-elle jouer pour atténuer cette crise et préparer la prochaine crise ? 

L’équilibre entre sécurité, droits humains et libertés individuelles a toujours été l’un des sujets de discussion les plus importants sur le plan politique. Aujourd’hui, cette épidémie a provoqué des discussions fondamentalement similaires, mais néanmoins empreintes d’une nouvelle dimension dans notre paysage politique. La santé publique s’est opposée aux droits humains et aux libertés individuelles. Depuis les premiers jours de l’épidémie, nous avons assisté à une propagande très active affirmant que les approches autoritaires étaient plus efficaces pour combattre la pandémie. Je pense qu’il s’agit là d’une dangereuse piste de réflexion qui est clairement fausse et devrait être réfutée. En tant que démocratie vivante, la Turquie a déjà répondu, de la façon la plus forte qui soit, à tous ces arguments, à travers son succès dans la lutte contre la pandémie. Elle a montré au monde entier que le gouvernement et les citoyens doivent lutter main dans la main dans le cadre du respect de la démocratie, de l’État de droit et des droits humains.

La question de la santé publique, des droits humains et des libertés individuelles sera sans aucun doute à l’ordre du jour de nos parlements respectifs et des organisations internationales dans la période à venir. Dans ce contexte, nous, les parlementaires, avons des devoirs importants. Comme chacun sait, les parlements ont quatre fonctions principales : légiférer, contrôler, débattre et fixer le budget. Dans le cadre de l’exercice de toutes ces fonctions, nous jouerons un rôle important pour surmonter cette crise et préparer l’avenir, mais toujours dans le respect de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit. Par conséquent, la diplomatie parlementaire apportera également une contribution importante à nos efforts en permettant le partage des meilleures pratiques et des expériences entre homologues. Dans ce contexte, j’accorde beaucoup de valeur au cadre de l’AP-OTAN.

En tant que parlementaires, nous devrions nous efforcer d’allouer davantage de ressources, en particulier dans deux domaines. Le premier est la recherche en matière de guerre biologique, car cette pandémie a très clairement démontré notre vulnérabilité face à des attaques qui pourraient tout aussi bien être générées par les technologies biologiques. Le second volet auquel nous devrions affecter davantage de budget est la préparation civile et militaire au niveau national. 

À vrai dire, cette pandémie nous a montré qu’aucun pays n’aurait pu gagner seul la guerre contre ce virus en couvrant tous les fronts. Je pense que les organisations internationales vont jouer un rôle central et que la coopération internationale doit être renforcée. Toutefois, la pandémie a également révélé que les organisations internationales étaient parfois incapables de remplir leurs missions car elles sont entravées par des structures bureaucratiques devenues pléthoriques avec le temps. En revanche, l’OTAN a fait un travail exemplaire. Nous devons donc promouvoir cette réussite et partager notre expérience avec d’autres organisations pour les soutenir et les aider.
 
Le rôle de l’OTAN, en tant que principale plate-forme de consultations transatlantiques, devient d’autant plus crucial en temps de crise. Les parlementaires peuvent donc jouer un rôle actif en reflétant les opinions publiques des Alliés et leurs priorités.


Osman Askin Bak, vice-président de l’AP-OTAN et chef de la délégation turque