Covid-19 : Entretien avec Mimi Kodheli sur la pandémie, son importance, ses défis et les réponses qui y sont apportées

12 juin 2020

Mimi Kodheli, cheffe de la délégation albanaise à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, souligne l’effort de coopération et les mesures prises par les Alliés pour limiter la propagation du coronavirus et analyse les enseignements tirés et les mesures concrètes qui sont nécessaires afin de créer des mécanismes efficaces de gestion des crises pour prévenir de futures pandémies.

4 questions posées à Mimi Kodheli :

I.    Les efforts déployés par les Alliés pour fournir des ressources et une aide humanitaire aux pays les plus durement touchés ont été essentiels pour aider les Alliés et les partenaires à faire face à cette crise sans précédent. Pourriez-vous nous dire comment l’Albanie a utilisé les structures de l’OTAN pour aider les autres et comment l’Albanie a bénéficié de l’aide d’autres Alliés pendant la crise ?

Le 23 mars 2020, le gouvernement albanais a déclaré l’état d’urgence pour cause de catastrophe naturelle en raison de la pandémie. 

Comme presque tous les autres membres de l’OTAN, l’Albanie a fourni et reçu une aide bilatérale des pays alliés pour contrer les effets de la pandémie de Covid-19. Ses demandes d’assistance ont été effectuées par le biais du Centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC) de l’UE et du Centre euro-atlantique de coordination des réactions en cas de catastrophe (EADRCC).

Le 27 mars, le gouvernement de l’Albanie a soumis auprès de l’EADRCC une demande officielle d’assistance internationale conformément aux procédures requises. En réponse à cette demande :

-    L’Autriche a offert à l’Albanie, dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’UE, l’aide en nature suivante : 1 000 paquets de gants d’examen de taille M (100  000 pièces), 1  000 paquets de gants d’examen de taille L (200 000 pièces) et 3  740 litres de désinfectant pour les mains aux normes de l’OMS au moyen de  4 conteneurs IBC (sur euro-palettes) ;

-    Les États-Unis (par l’intermédiaire du Commandement américain en Europe) ont fourni le 9 avril les fournitures suivantes au Centre hospitalier universitaire « Mother Teresa » de Tirana, en Albanie : 3 000 masques chirurgicaux (tailles L/XL 50 %/50 %), 400 masques N95/P2 (tailles L/XL 50 %/50 %), 400 blouses (tailles L/XL 50 %/50 %), 200 paires de lunettes de protection, 200 visières de protection, et 7 000 paires de gants (tailles L/XL 50 %/50 %). 

Les États-Unis (par l’intermédiaire de l’USAID) ont également fourni, au 17 avril, une aide d’environ 12,4 millions de dollars à l’Albanie, à l’Arménie, à l’Azerbaïdjan, au Bélarus, à la Bosnie-Herzégovine, à la Géorgie, ainsi qu’aux institutions du Kosovo, de la République de Moldova, de la Macédoine du Nord, de la Serbie et de l’Ukraine afin d’aider à l’activation des mécanismes de gestion des cas et de surveillance, à la préparation des systèmes de laboratoire, au soutien de la prévention et de la maîtrise des infections (IPC) dans les établissements de santé et pour communiquer sur les risques avec les populations vulnérables dans toute la région.

-    La Hongrie, au niveau bilatéral, a fourni à l’Albanie 100  000 masques et 5  000 ensembles de vêtements de protection.

-    La Pologne, au niveau bilatéral, a fourni à l’Albanie 100  000 masques et 10  500 litres de désinfectant.

Nous tenons à exprimer toute notre gratitude à tous ces pays.
Dans le même temps, en réponse à la demande de l’Italie d’un soutien médical pour lutter contre la pandémie de Covid-19 :

-    L’Albanie a envoyé, sur une base bilatérale, 30 médecins et infirmières en Italie (31 mars, forces armées albanaises). L’Albanie a renouvelé son engagement à aider l’Italie à faire face à la pandémie de coronavirus en envoyant 60 infirmiers et infirmières supplémentaires. Ce personnel est arrivé à Rome le 20 avril et a été dispatché dans différents hôpitaux en Italie (23 avril, ministère albanais de la défense).

II.    Quelles mesures supplémentaires l’OTAN et les forces armées alliées devraient-elles prendre pour accompagner les réponses nationale et internationale à la crise de la Covid-19 ? 

La crise liée à la pandémie de Covid-19 a été et reste l’une des menaces mondiales les plus graves des temps modernes, affectant de manière radicale l’ensemble des nations et de nos modes de vie. Elle constitue un danger réel et tangible menaçant directement nos vies, notre santé, notre économie et notre sécurité. 

Malheureusement, il s’est avéré que nous étions mal préparés et très mal équipés pour faire face de manière adéquate à cette crise sans précédent, non seulement individuellement, mais aussi collectivement. Nos gouvernements ainsi que nos organisations se sont efforcés de relever du mieux qu’ils pouvaient ce défi aux multiples facettes. Cependant, leurs approches et leurs actions, surtout au début, ont souvent été chaotiques, différentes les unes des autres, isolées et non coordonnées. C’est ainsi que la situation est devenue très grave également pour l’Alliance.

Je suis tout à fait d’accord avec le président Attila Mesterhazy qui a souligné à juste titre que « nous devons nous appuyer sur les nombreuses formes de solidarité et de coopération entre les nations de l’OTAN qui ont permis de faire face à cette crise et, ensemble, commencer à en tirer les premiers enseignements ». 

Tout d’abord, nous devrions placer le risque de pandémie virale (comme la Covid-19) en tête de liste des menaces les plus dangereuses des temps modernes. Ensuite, nous devons commencer à œuvrer sans délai à la mise en place de mécanismes d’alerte précoce, de prévention et de gestion des crises, à créer des structures spécifiques et à établir des protocoles adéquats afin de réagir à des crises similaires de manière plus rapide, plus efficace, plus coordonnée et plus solidaire. 

III.    Garantir l’accès du public à des informations transparentes, en temps opportun et qui soient précises sur la Covid-19 est essentiel pour contrer les efforts de désinformation et de propagande pendant la crise. Les Alliés et l’OTAN continuent de fournir des informations factuelles pour lutter contre ces efforts. Mais comment pourraient-ils intensifier leurs efforts contre une telle désinformation et propagande ?

Depuis le tout début de la pandémie, nous avons assisté à des flux exceptionnels d’informations, certaines biaisées, ou carrément fausses, en provenance de différentes sources. La propagande et les théories de conspiration ont fleuri sur Internet. Mais ce qui est totalement inhabituel, c’est que nous avons été témoins, comme jamais auparavant, de cas où non seulement des sources notoirement mensongères et coupables de désinformation, mais aussi des sources sérieuses, y compris gouvernementales, ont fourni des informations (et des infox) totalement contradictoires. Sans entrer dans le pourquoi de tels phénomènes, qui peuvent être de nature différente, politique ou technique, je suis d’avis que l’une des tâches de l’OTAN, comme d’autres organisations internationales, est de surveiller, d’identifier, de condamner et de contrer les récits erronés et la désinformation, car cela présente un risque considérable pour nous tous.

Dans ce contexte perturbé de torrents d’informations et de désinformation, l’Organisation a réussi à maintenir un juste équilibre, en diffusant des informations fiables et précieuses. Cependant, de mon point de vue, les informations provenant de l’OTAN sont restées dans le cercle des institutions et des personnes qui traitent avec l’Organisation et n’ont pas atteint le grand public. L’attention du public se portait surtout sur les informations provenant des institutions sanitaires, scientifiques et économiques, tandis que l’OTAN et les institutions gouvernementales n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour diffuser plus largement les informations provenant de l’Organisation.   

IV.    Quel est le rôle des parlementaires dans cette crise ? Et quel rôle la diplomatie interparlementaire, y compris au sein de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, peut-elle jouer pour atténuer cette crise et préparer la prochaine crise ? 

Le rôle des parlementaires dans cette crise est important à trois égards : légiférer et adopter des projets de loi importants adaptés à la situation actuelle et à d’éventuelles crises similaires à l’avenir ; influencer le gouvernement dans son processus de prise de décision ; représenter correctement leurs électeurs et traiter leurs préoccupations et leurs problèmes.

Une autre dimension de leur rôle est la diplomatie interparlementaire, qui fournit aux législateurs alliés une voie pour échanger des informations, des expériences et discuter de questions importantes liées à la situation actuelle, ou encore de la gestion d’une éventuelle crise du même ordre à l’avenir et ce, afin de mieux faire face et de réagir de manière plus adéquate à ces défis. 
 


Mimi Kodheli, cheffe de la délégation albanaise à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN

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