2018 - RAPPORT DE VISITE CONJOINTE (ESCTER/PCNP) JAPON

SYNTHESE

1.    Le Japon soutient la démarche de négociation menée par le président des États-Unis, Donald Trump, en faveur de la dénucléarisation de la Corée du Nord. Mais il conserve une position circonspecte à l’égard du régime de la République populaire démocratique de Corée, selon les informations communiquées à une délégation de parlementaires de l’OTAN lors de sa récente visite au Japon. En outre, ce pays subit la menace directe de missiles balistiques ainsi que d’armes biologiques et chimiques en provenance de Corée du Nord. 

2.    La délégation réunissait la sous-commission sur les partenariats de l’OTAN (PCNP) et la sous-commission sur les relations économiques transatlantiques (ESCTER). Ce groupe, composé de 28 parlementaires représentant 13 pays membres de l’Alliance et dirigé par Metin Lütfi Baydar (Turquie), était en visite à Tokyo, Kyoto et Osaka du 18 au 22 juin 2018. Le but de sa visite était d’obtenir un tableau complet de la sécurité dans cette région et de la façon dont le Japon réagit aux défis qu’il rencontre en ce domaine. Pendant ces cinq jours, la délégation a bénéficié d’exposés approfondis par de hauts responsables des ministères japonais de la défense et des affaires étrangères. Elle a de plus mené un actif dialogue avec le conseil pour la sécurité globale, composé de membres de la Diète. Le parlement japonais participe à l’AP-OTAN en qualité d’observateur parlementaire. Le programme s’est achevé par des débats avec des experts appartenant à la Fondation Sasakawa pour la paix, à l’Université de Kyoto, au groupe Shimadzu Seisakusho et à la préfecture d’Osaka. 

3.    Les interlocuteurs japonais de la délégation ont exposé aux parlementaires de l’AP OTAN les défis qu’affronte actuellement le pays. Il s’agit principalement des ambitions nucléaires de la Corée du Nord, de la montée en puissance de la Chine et des dangers qui compromettent le système d’échanges économiques mondial. Ces derniers se sont aggravés depuis que les États-Unis se sont retirés de l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) et qu’ils ont annoncé l’application de taxes douanières sur l’acier et sur l’aluminium japonais. Les représentants de l’État japonais comme les experts non gouvernementaux ont exprimé leurs inquiétudes quant au récent refus par le gouvernement américain actuel de continuer à assurer sa fonction de moteur dans des domaines essentiels à la stabilité internationale comme le commerce, entre autres. Cependant, rares étaient les interlocuteurs qui pensaient que les États-Unis voudraient mettre fin à leurs engagements en matière de sécurité en Asie orientale. 

4.    La Corée du Nord, en particulier par ses programmes concernant les armes nucléaires et les missiles, constitue une menace immédiate pour le Japon. Les officiels japonais ont exprimé l’espoir que la rencontre récemment tenue à Singapour entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un représentera un pas en direction de la dénucléarisation. Selon un représentant du ministère des affaires étrangères, la volonté de négocier, de la part de la Corée du Nord, s’explique en partie par la politique de « pression maximale » qu’applique le Japon. L’ensemble des interlocuteurs est convenu qu’il faudra beaucoup de temps et d’efforts pour aboutir à une dénucléarisation de la Corée du Nord. 

5.    Les intervenants sont aussi convenus qu’il faudra que la République populaire de Chine joue un rôle essentiel dans les négociations avec la Corée du Nord pour que celles-ci arrivent à une issue favorable. Des représentants de l’État ainsi que des experts indépendants ont observé qu’il existe entre la Chine et le Japon d’importants liens économiques, ainsi qu’une histoire commune tissée de contacts fructueux comme de tensions. De considérables inquiétudes se font actuellement jour au Japon concernant l’assurance croissante que prend la Chine vis-à-vis de ce pays et d’autres dans la région. Cela se reflète notamment dans les revendications territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale et orientale, ou dans les dépenses de plus en plus élevées et opaques qu’elle consacre à sa défense. C’est pourquoi plusieurs intervenants considéraient la Chine comme la plus grande source de préoccupation du Japon en matière de sécurité à long terme. La Russie a elle aussi accru sa présence militaire dans cette région, en particulier dans les territoires du nord (îles Kouriles), occupés par l’Union soviétique à la fin de la seconde guerre mondiale mais revendiqués par le Japon. Depuis quelques années, l’aviation japonaise effectue beaucoup plus d’interventions d’urgence qu’auparavant, en réaction aux provocations chinoises et russes. 

6.    Le Japon réagit de trois manières à ces problèmes de sécurité, a-t-il été expliqué à la délégation. Tout d’abord, le pays améliore ses capacités défensives par différents moyens, notamment la modernisation de ses forces armées et le renforcement de sa défense antimissile. De plus, le Japon œuvre activement à renforcer son alliance avec les États-Unis, toujours aussi essentielle non seulement pour sa propre défense mais pour la sécurité et la stabilité de la région entière. Enfin, il accroît sa collaboration sur des questions de sécurité communes avec d’autres partenaires comme l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANSEA). Cette importance accordée à la coopération multilatérale se reflète également dans la nouvelle stratégie étrangère de Tokyo, baptisée « stratégie pour un espace indopacifique libre et ouvert ». 

7.    Le Japon souhaite aussi développer son partenariat avec l’OTAN, comme l’ont souligné le ministre d’État à la défense, Tomohiro Yamamoto, et d’autres hauts responsables. Pour cela, le pays prévoit d’accroître sa représentation au siège de l’Alliance, en désignant à cette fin son ambassade en Belgique. Tokyo veut aussi coopérer avec l’OTAN en matière de cybersécurité. Le Japon est le plus ancien partenaire non européen de l’OTAN. Par le passé, il a soutenu nombre de ses opérations, notamment en finançant l’aide au développement ainsi que la formation de policiers en Afghanistan, ou en participant à des manœuvres de lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes. 

8.    Sur le plan économique, le Japon connaît un renouveau de croissance. Mais il souffre d’importants problèmes structurels, dont une colossale dette publique, qui dépasse 200 % du PIB. S’ajoute à cela la démographie du pays, dont la population vieillit, ce qui ne pourra qu’alourdir le poids des dépenses publiques. 

9.    L’évolution du Partenariat stratégique UE-Japon et du Partenariat bilatéral pour le commerce et l’investissement a fait l’objet de débats à la Délégation de l’Union européenne au Japon. La visite s’est achevée sur des exposés d’Ichiro Matsui, gouverneur, et d’autres représentants de la préfecture d’Osaka, concernant la prévention des situations d’urgences civiles, les mesures de préparation pour y faire face et l leur gestion quand elles surviennent. Ces responsables ont aussi apporté à la délégation des informations détaillées sur les conséquences du tremblement de terre qui a touché la région d’Osaka juste au moment de la visite au Japon, le 18 juin.